Chroniques

Alanis Morissette

Jagged Little Pill

Alanis_Morissette_-_Jagged_Little_PillJ’ai 9 ans et l’année scolaire se termine. En guise de récompense pour nos bonnes notes à l’école, mon père avait créé la tradition de nous payer quelque chose que l’on convoitait, mais qui était moins de vingt dollars. Oui, c’est le principe de la carotte, mais quand ça force ton enfant à se grouiller les fesses sur les bancs d’école, c’est un moindre mal. Bref, le jeune garçon que j’étais n’avait pas encore conscience que les connaissances qui me renteraient dans la cervelle serviraient à quelque chose. Bref, je suis jeune et naïf.

Depuis quelques semaines, le simple You Oughta Know jouait à la radio et il avait trouvé maison dans mon cerveau de puceau. Moi qui ignorais qui était Dave Navarro (qui officiait à la guitare sur ce disque) ou encore Flea à la basse. Bref, Alanis Morissette me titillait les oreilles et pour ma récompense de fin d’année, j’ai opté pour Jagged Little Pill qui était le premier album que j’allais me procurer pour mon bon plaisir. Quand je regarde ça avec le recul, j’aurais pu commencer avec quelque chose d’humiliant comme les Frères à Ch’val ou les Backstreet Boys, mais j’ai commencé avec Alanis.

Au mois de juin dernier, on célébrait le vingtième anniversaire de Jagged Little Pill, l’album qui a dépucelé mes oreilles. Il faut dire que You Oughta Know est une chanson puissante qui me donne encore envie d’«headbanger» dans mon salon. C’est rock, ça a de la gueule et si certains puristes vont snober la chanteuse canadienne, je suis prêt à dire haut et fort qu’Alanis c’est une des filles les plus cool qui n’a jamais fait de la musique. Elle portait en elle une colère justifiée de jeune femme qui découvre l’amour au début de la vingtaine. C’est un album passionné, sans compromis. Et c’était aussi la première fois que Morissette n’avait pas laissé des gens de l’industrie décider à sa place. La seule personne qui avait voix à ce chapitre lors de l’enregistrement de Jagged Little Pill était Glen Ballard qui l’a accompagné dans le processus.

Dans le salon des parents, il y avait à côté du lecteur CD une chaise berçante dans laquelle avec une paire d’écouteurs, je pouvais m’évader de la réalité dans un monde entièrement musical. C’est là que pour la première fois, du haut de mes 9 ans j’ai entendu Alanis me dire: «I’m brave but I’m chicken shit». Alanis venait de dire «SHIT»! Je me sentais tellement bum d’écouter de la musique où les gros mots volaient dans les airs. De plus, elle parlait de fumer la cigarette, de boire de l’alcool… bref, je comprends plus trop pourquoi mes parents m’ont laissé écouter cet album.

Vous pourriez penser qu’avec le temps j’ai arrêté d’écouter l’album, mais Jagged Little Pill a encore droit un nombre d’écoutes de ma part dans une année. La hargne de All I Really Want et la douce acceptation de Ironic sont toujours des chansons qui trouvent écho dans ma vie de tous les jours. Pis, quand même, y a de la guitare électrique… J’ai encore beaucoup d’amour pour Head Over Feet et son air contagieux et la mélancolie langoureuse de Mary Jane. Sur cette dernière, le côté plus soul de la voix d’Alanis est en démonstration. Du pur bonbon. Right Through You contient quelques éléments de psychédélisme et un refrain délicieux alors que Forgiven est plus grande que nature. Ma chanson préférée reste sans contredit You Learn qui est totalement coquine alors qu’Alanis nous fait comprendre que Jagged Little Pill est à la fois le sperme d’un homme et le fait de ravaler sa romance dans une relation conflictuelle. C’est tellement accrocheur et groovy alors que la Canadienne nous dit d’arrêter de capoter avec tout. C’est beau.

Je te parlerai un jour de l’erreur Will Smith (une vraie erreur de jeunesse), mais Alanis est tout sauf une erreur. À ce jour, Jagged Little Pill est l’un des albums les plus importants de ma vie étant donné le nombre incroyable d’heures d’écoutes que je lui ai donné. Un petit bijou de pop canadienne avec une bonne dose de rock alternatif et de poigne de jeune adulte qui un jour jouerait Dieu au grand écran. Oui, oui, Dieu dans Dogma de Kevin Smith. Tu me remercieras plus tard.

http://alanis.com/

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