Métal / Industriel Archives - Page 30 sur 31 - Le Canal Auditif

Fear Factory – The Industrialist

J’ai découvert Fear Factory pour la première fois à l’âge de dix ou onze ans. Mes parents m’avaient fait cadeau de la bande originale de Mortal Kombat: le film. La neuvième piste dudit disque était Zero Signal, une pièce tirée de l’excellent Demanufacture. Encore aujourd’hui, j’adore le mélange intelligent du double bass-drum, de la voix caverneuse de Burton C. Bell, des rythmes fous de Cazares, des synthétiseurs et du piano qui viennent clore le bal; bref, une grande chanson. Fear Factory, en compagnie de Ministry, fut parmi les pionniers de la fusion naturelle entre l’industriel et le métal. Après quelques bons albums, la chicane a pogné dans la cabane, ce qui a culminé avec la dissolution du groupe en 2002. Quelques mois plus tard, deux des membres du quatuor redonnaient vie au groupe.

S’ensuivit six ans de batailles juridiques pour arriver à la nouvelle formation qui fît paraître un album dans les normes, Mechanize, en 2009. Le dernier opus, The Industrialist, s’annonçait prometteur. Bell et Cazares étaient réunis et avaient l’idée de composer un album concept au sujet suivant: l’industriel est un automate. Avec les jours qui passent, l’industriel en question se constitue une mémoire et en vient à avoir des désirs et des espoirs. Il découvre ainsi le goût de vivre; ce qui conduit éventuellement à l’élimination de l’homme par la machine.

Et qu’est-ce que ça donne? Ça donne un son beaucoup trop uniforme, une linéarité pesante (pas dans le bon sens) et un long soupir de nostalgie. Pour l’album, le groupe opta pour un «drum machine» entièrement produit en studio. Ce qui est très ironique, étant donné le propos de l’opus… et le résultat est plutôt uniforme et fade. Heureusement à travers la monotonie se trouve une chanson digne de mention: God Eater qui diffère un peu de l’ambiance générale de l’album. Vous trouverez aussi New Messiah et Recharger qui nous font entendre la voix plus caverneuse de Bell. Par contre, il y a malheureusement la ringarde nommée Religion Is Flawed Because Man Is Flawed.

Bref, bien que ce ne soit pas complètement dépourvu de sens musical, il reste qu’on est très loin des années lumineuses de Fear Factory. Allez plutôt écouter l’album Demanufacture, qui lui, vaut vraiment la peine. Je pousserai l’audace à vous mettre un extrait qui vient de cet album; ma toune préférée du groupe titrée Zero Signal. Bonne écoute!

Ma note : 4,5/10

Fear Factory
The Industrialist
Candlelight Records
49 minutes

fearfactory.com/

http://www.youtube.com/watch?v=lRci3qWeFCA

The Melvins – Freak Puke

Il y a de ces groupes que l’on découvre sur le tard, un ami nous le fait entendre, on trouve ça étrange, puis on se rend compte que nos bands préférés les citent comme étant une inspiration très importante dans leur carrière. Pour moi, c’est The Melvins. Le groupe hyper-productif, comptant 21 albums studios dans les derniers 25 ans (et que dire des 12 disques en concerts aussi disponibles!) débarque avec sa nouvelle création composée en version légère. En effet, les quatre derniers opus comptaient le groupe Big Business dans les rangs des Melvins. Cette fois-ci, on retrouve Buzz Osborne, Dale Crover et Trevor Dunn sur cette galette, qui comme l’ensemble de l’œuvre du band, compte ses bizarreries et ses coups fumants.

Tout d’abord, l’élément unifiant l’ensemble est un violoncelle dissonant. Celui-ci nous accueille dès les premiers instants de Mr. Rip Off et fait son apparition sur chaque morceau de l’opus. Les Melvins sont toujours aussi lourds: A Growing Disgust faisant l’apanage de la force de la formation avec ses rythmes appuyés. La chanson suivante, l’excellente Leon Vs The Revolution démontre la virtuosité d’Osborne alors que celui-ci fait l’étalage de tout son talent de guitariste. Le groupe se permet même des petites surprises: Let Me Roll It laisse la place à un son beaucoup plus rock’n’roll… évidemment Osborne brise tout cela avec son rythme vocal déphasé. Rien n’est tout à fait normal chez les Melvins! Autre pièce d’importance, la singulière Tommy Goes Beserk qui clôt le bal.

Bref, Freak Puke est un album des Melvins. Parmi les meilleurs du groupe? Non. Parmi les moins écoutables? Non plus. Ok! C’est dans le milieu! T’as tout compris chummy, mais ça vaut quelques écoutes tout de même! Parce que pour Melvins, régurgiter rime définitivement avec musicalité. Et si cet article vous donne la piqûre pour le groupe qui a enseigné à Kurt Cobain à jouer de la guitare, je vous conseille particulièrement l’album Houdini, le plus prisé du groupe de Seattle.

Ma note : 7/10

The Melvins Lite
Freak Puke
Ipecac
42 minutes

themelvins.net/

Torche – Harmonicraft

Le groupe Torche, originaire de Miami, nous a présenté, le 23 avril dernier, son nouvel opus: Harmonicraft. La formation, qui affectionne particulièrement le stoner metal et le sludge metal, nous parachute un album intéressant, qui à la fois «fesse dans le dash» et possède des harmonies fortes. La bande est menée par Steve Brooks, guitariste et chanteur, anciennement du groupe Floor.

L’album s’entame tout feu tout flamme, sur la pièce Letting Go, caractérisée par une batterie très présente et pesante, au rythme martial, une guitare «noisy» et la voix de Brooks qui paraît flotter au-dessus de l’ensemble. D’ailleurs, ce sera une caractéristique marquante de la galette. L’opus renferme aussi trois chansons sous la barre des deux minutes (ce qui semble être une nouvelle mode), Walk it Off, Sky Trials et Kiss Me Dudely, qui sont tous très rapides et agressives. Le band nous transporte d’un style musical à un autre avec une facilité déconcertante. Ainsi, In Pieces nous fait goûter au côté plus lourd et métal de la formation. D’un autre côté, Snakes Are Charmed nous offre la facette plus «rock alternatif» du groupe. Cette dernière m’a rappelé les meilleurs sons de guitares d’un groupe bien connu ici: Groovy Aardvark.

La pièce la plus surprenante de l’album est l’excellente Harmonicraft, chanson titre, qui est entièrement instrumentale. Les guitares sont mélodieuses, résolument rock et légèrement délayées. La batterie se contente majoritairement de martelages sur une poubelle de métal et d’un jeu de cymbales hi-hat rapide. La basse est, pour une fois, plus présente et des échantillonnages viennent habiller le tout. Une chanson avec une mélodie accrocheuse qui vous restera des jours dans la tête.

Bref, cet album au goût de métal et de stoner lourdeau fera plaisir à tous les fans de hard rock, que ce soit les métalleux, les adeptes de grunge ou ceux de stoner plus classique. Un mix intéressant où les chansons se succèdent mais ne se ressemblent pas. Et pourtant, l’ensemble reste tout à fait cohérent. Comme on dit par chez nous: un maudit bon record!

Ma note : 7,5/10

Torche
Harmonicraft
Volcom Entertainment
38 minutes

www.torchemusic.com/

Unsane – Wreck

Le 20 mars dernier, Unsane, groupe de noise rock new-yorkais, parachutait Wreck, leur septième album. La formation, issue de la même scène underground qui a vu naître l’influent groupe Helmet, possède un son qui se caractérise par une agressivité certaine et qui mélange des sonorités métal et punk hardcore. Une chose est sûre, leur son est lourd, très lourd! L’opus débute par la pièce Rat qui donne rapidement le ton pour la suite. Il est difficile de ne pas y voir une influence importante de The Melvins; la guitare est appuyée et bruyante, et la batterie, saccadée et carrée. D’ailleurs l’ensemble de l’album baigne dans les mêmes eaux. Un peu trop même. Plusieurs pistes sont coulées dans le même moule et il arrive qu’on se demande: suis-je encore en train d’écouter la même chanson? Et pourtant, nous voilà plusieurs pièces plus loin.

Par contre, il faut noter et se prosterner devant le son de guitare très particulier de Chris Spencer qui malgré le niveau de distorsion, fait habilement sonner chacune des notes avec son médiator. De plus, il nous crie Wreck d’un bout à l’autre avec une violence et une passion impressionnante. Trois pistes retiennent particulièrement l’attention. Decay offre un son plus mélancolique et une mélodie franchement accrocheuse. La chanson Stuck, mouton noir de l’album, donne lieu à une guitare lancinante et une basse beaucoup plus présente. Pour la première fois Spencer n’en est plus à gueuler sa rage mais chante d’une voix sombre, enrouée et poignante. La troisième est la très surprenante Ha Ha Ha qui termine l’album en beauté avec une touche de folie.

Bref, les amateurs de rock lourd apprécieront l’ingéniosité de ces musiciens new-yorkais mais se lasseront sans doute rapidement de l’album qui tend à stagner quelque peu au fil des écoutes. Les fans des Melvins, Helmet et autres formations du genre prendront un plaisir à se décaper les oreilles du son saturé de la formation et de la batterie de Vinnie Signorelli. Si vous aimez Britney Spears, ce n’est pas pour vous… quoi que… ça pourrait ouvrir vos horizons musicaux!

Ma note : 6,5/10

Unsane
Wreck
Alternative Tentacles
41 minutes

unsanenyc.com/

Ministry – Relapse

Dans le merveilleux monde de la musique, il y a des groupes que l’on croyait à jamais morts et enterrés. Parmi ceux-ci, il y avait la mythique formation métal-industriel menée par le jusqu’au-boutiste Al Jourgensen nommée Ministry. Mis à mort en 2008, la figure de proue du mouvement industriel américain revient avec son douzième album judicieusement intitulé Relapse. Pour cette création, fortement teintée de l’esprit révolutionnaire qui a animé le mouvement Occupy, Jourgensen a assemblé autour de lui une clique de dégénérés en Sammy D’Ambruoso derrière la console, Mike Scaccia (Rigor Mortis, The Revolting Cocks), Tommy Victor (Prong) aux guitares et Tony Campos (Static-X) à la basse.

Trois ans après le sabordage de Ministry, est-ce que Jourgensen a perdu de son mordant et de sa pertinence? Est-ce que cette renaissance en valait véritablement la peine? La riposte à ces interrogations réside dans les six premiers morceaux incendiaires qui dessuintent nos conduits auditifs avec une brusquerie que bien des jeunes groupes envieraient. S’enlignent sans aucun compromis et relâchement les Ghouldiggers, Double Tap, la très Slayer titrée Freefall, la revendicatrice Kleptocracy, la reprise d’un classique de S.O.D (Stormtroopers Of Death) intitulée United Forces et la rebelle, 99 Percenters. Le message passe! Jourgensen canalise la colère des indignés et sa propre furie en la transformant en un défoulement qui se veut jubilatoire et puissant!

Par la suite, Jourgensen et ses comparses ralentissent discrètement la cadence avec Relapse et Weekend Warrior. Deux pièces quelconques qui diluent l’agressivité affichée lors des six premiers brûlots. Survient alors, un autre appel à l’action, avec un titre qui résume l’album en entier, nommé Git Up Get Out ’N’ Vote. Finalement, l’opus se conclut avec l’étonnante Bloodlust et son refrain fédérateur, anormalement accessible… du moins, comparativement à l’entièreté de l’œuvre de Ministry!

Sans se métamorphoser, Jourgensen, sur ce Relapse, nous offre le meilleur de lui-même; une panoplie de pièces abrasives, à la brutalité assumée, absolument contestataires, et ce, sans aucun accommodement afin de plaire aux oreilles réfractaires à ce genre musical. Est-ce un disque approprié? En ce qui me concerne, le propos véhiculé est d’actualité et l’indignation, exprimée avec véhémence, face aux abus de la haute finance mondiale est tout à fait légitime. Musicalement, certains segments peuvent paraître anachroniques mais l’ensemble demeure quand même convenable. Voilà le disque d’un homme en colère qui manifeste son mécontentement avec une liberté et une sincérité qui l’honore. Pour toutes ces raisons énumérées précédemment, j’offre ma plus sincère déférence à Al Jourgensen!

Ma note : 6,5/10

Ministry
Relapse
13th Planet
52 minutes

//www.thirteenthplanet.com/ministry/