Francophone Archives - Le Canal Auditif

Critique : Mat Vezio – Avant la mort des fleurs cueillies

Avertissement au lecteur : gros coup de cœur. Mat Vezio est connu dans le milieu musical québécois puisqu’il joue de la batterie pour plusieurs artistes talentueux : Louis-Philippe Gingras, Dany Placard, Francis Faubert et à l’occasion Antoine Corriveau. Voilà que Mat Vezio a décidé d’y aller de sa voix aussi. Tout ça a commencé avec Photorama, un EP d’électro-pop en janvier 2014. Trois chansons bien efficaces et plaisantes pour les oreilles. Mais ce n’était pas la direction musicale que le batteur voulait prendre. Son virage, il l’effectue avec son premier album solo intitulé Avant la mort des fleurs cueillies.

On se rend compte en écoutant ce premier album que Mat Vezio est un pas pire auteur, un poète brillant et un compositeur qui n’a pas grand-chose à envier à ses pairs. Avant la mort des fleurs cueillies nous présente un jeune homme sensible qui est capable d’émouvoir avec de belles mélodies et des compositions habiles. Il n’y a pas de chansons faibles sur ce premier album réalisé par Antoine Corriveau. Pour lui aussi c’est une première, mais cette fois derrière la console. L’union des deux garçons fonctionne à merveille.

Plongeons dans ce magnifique record. Une des chansons marquantes est la mélodieuse et surprenante La mort est une comédienne qui vous ignore. Une poésie simple et efficace chantée par Vezio accompagné de Mélanie Boulay (Les Sœurs Boulay) et Amylie alors que l’habile violoncelle de Marianne Houle (Antoine Corriveau) et l’alto de Julie Boivin se font aller les cordes. Une magnifique chanson qui se termine sur un constat violent :

« Quand t’es partie je suis devenu un puits. De lumière. »
— La mort est une comédienne qui vous ignore

Et ce n’est pas la seule fois que Mat Vezio nous envoie par la tête de la poésie efficace. Il en rajoute sur l’excellente Ton cinéma sur laquelle il impressionne par la justesse de son interprétation. On entend dans sa première plainte le poids d’une relation où les frictions sont évidentes. Une complainte dirigée à l’autre ou à soi-même, dans l’un ou l’autre des sens, c’est excellent :

« Arrête de regarder en arrière.
Si c’est pas ça si c’est pas ça ce sera autre chose.
De toute façon ta vie c’est pas une autre prise.
De toute façon ta vie c’est pas trois balles deux prises.
Ta vie c’est pas un mercenaire.
Ta vie c’est pas une étrangère. »
— Ton Cinéma

Pendant qu’il nous envoie ce texte efficace et beau par la tête, la musique est tout simplement magnifique. Fukushima, écrite en compagnie de Marcie, est un autre beau moment avec sa mélodie accrocheuse et sa mélancolie émouvante. Le duo en compagnie de Laura Sauvage titré Les appeaux fait aussi belle figure alors que Ce jours-là reste dans la tête longtemps après l’écoute. Et que dire de la touchante Adèle, un mea culpa à l’instrumentation parfaite.

Si vous pensez que j’exagère, j’ai une belle anecdote pour vous. Mes deux colocs sont des fans de métal aux horizons musicaux ouverts tout de même. Cette semaine, chacun d’eux a poussé la porte de ma chambre à un moment pour me demander ce qui jouait. C’était à tout coup, Mat Vezio. C’est « metalhead approved ». Rien de moins.

Mat Vezio risque de manquer de temps pour jouer avec les amis prochainement… parce que cet Avant la mort des fleurs cueillies mérite un succès franc. Vezio démontre qu’il ne fait pas simplement jouer de la batterie pour des gens talentueux, il affirme qu’il se débrouille avec une plume dans les mains. Sa grande sensibilité est attachante et touchante. La nostalgie fait son œuvre aidée par le travail des musiciens sur l’album et d’Antoine Corriveau qui signe une réalisation parfaitement adaptée à l’univers de Vezio. Un incontournable en ce début d’année à même titre que Peter Peter ou Leif Vollebekk.

Ma note: 8/10

Matt Vezio
Avant la mort des fleurs cueillies
Simone Records
40 minutes

http://www.matvezio.com/

Critique : Barbagallo – Grand Chien

La première fois qu’on a entendu parler de Barbagallo, c’est via les mélomanes avertis de La Souterraine. Tu ne les connais pas? Il est temps que tu découvres ces plus cool que cool qui connaissent leur musique et qui organisent des événements des deux côtés de l’Atlantique. Ce sont des éclaireurs musicaux internationaux. Rien de moins! Revenons à Barbagallo qui avait trouvé sa place sur la quatrième compilation de La Souterraine et qui est… le batteur de Tame Impala. Oui, je le sais, vous venez de vous dire, hein? Un français qui joue du drum pour Tame Impala? Ben oui…

Barbagallo fait dans la pop saupoudrée de psychédélique avec une délicatesse et une sensibilité bien intéressantes. C’est mélodieux du début à la fin de Grand chien et ses pièces, bien que généralement plutôt conventionnelles dans leur construction, le sont beaucoup moins dans la facture auditive. Des sonorités de toute sorte se font entendre sur la galette et nous transportent dans un univers aérien et onirique.

Le chant délicat de Julien Barbagallo y est pour beaucoup. Sa voix est toujours d’une douceur rassurante, Pas grand monde en est bon exemple alors qu’il chante ce qu’on s’imagine être la dichotomie entre les amis toujours en France et lui qui habitait l’Australie avec Tame Impala.

« Il n’y avait pas grand monde qui voulait venir
Trop loin, trop cher, trop chaud
Il n’y avait pas grand monde qui voulait venir
L’hiver à l’envers l’été »
— Pas grand monde

Les sonorités psychédéliques sont à l’honneur un peu partout sur Grand chien. Nouveau sidobre qui ouvre l’album donne le ton dès ses premières notes avec les sonorités de guitare espagnole claires et séduisantes. Puis, au refrain, on se perd dans les nuages en compagnie de la voix de Barbagallo, aspirée vers le ciel. Le Français est doué pour les mélodies et le prouve à maintes reprises, Mungibeddu étant un excellent exemple de sa facilité à charmer les oreilles. Même dans ses moments les plus déposés, il trouve le moyen d’ensorceler les tympans comme le démontre habilement Le carquois tchadien.

Julien Barbagallo démontre avec ce deuxième album qu’il sait quelle genre de musique pop il veut créer. C’est une musique qui garde une construction plutôt traditionnelle, mais qui explore beaucoup dans les sonorités. C’est réussi et il nous offre plusieurs chansons qui languissent dans les neurones après l’écoute. C’est un album qui demande quelques écoutes avant de bien entrer dans son univers, mais qui récompenses par la suite. Il se bonifie un peu à chaque écoute et devient rapidement un plaisir auditif vaporeux et réconfortant.

Ma note: 7/10

Barbagallo
Grand Chien
Audiogram
41 minutes

https://www.facebook.com/Julien-Barbagallo-150241748351887/

Gala des prix Trille Or : Les meilleures interprètes féminines de l’année

Le gala des prix Trille Or aura lieu le 5 mai prochain au Shenkman Arts Center d’Ottawa. C’est quoi le gala des prix Trille Or? C’est un événement bisannuel qui sert à célébrer la musique francophone produite à travers le Canada. Nous vous présentons les nommées dans la catégorie meilleure interprète féminine de l’année de cette 9e édition.

 
 

Alexis Normand

La jeune femme originaire de la Saskatchewan a connu une année 2016 assez occupée. Elle a lancé son deuxième album solo en novembre dernier en plus de donner des concerts lors du Coup de Cœur Francophone. Elle a aussi eu la chance d’enregistrer la chanson Sing Me Home en compagnie de Daniel Lavoie et de tourner avec son groupe : Rosie and the Riverters. De plus en plus présente sur la scène musicale avec ses chansons en solo, Normand a fait passablement de tournées dans les derniers mois dont des prestations au Festival du Voyageur à Winnipeg en février. Avec son folk mélodieux, ses textes émouvants et son interprétation touchante et efficace, la Franco-canadienne cueille enfin les fruits de son labeur après avoir participé à de nombreux concours tels que le Festival en chanson de Petite-Vallée.


 

Andrea Lindsay

Andrea Lindsay est une francophile née à Guelph en Ontario. La jeune femme qui fait carrière depuis plusieurs années dans la langue de Molière s’est attaquée en 2016 au jazz. Son album Entre le jazz et la java trahit son amour de grands auteurs-compositeurs comme Serge Gainsbourg. Ce nouveau projet est né d’une question toute simple : si je pouvais chanter n’importe quoi, qu’est-ce que ce serait? Celle qui a fait partie du collectif Toutes les filles, sera sur les routes canadiennes abondamment en 2017.


 

Anique Granger

Anique Granger a fait sa place à force de concerts et de tournées à travers le Canada. La jeune femme originaire de la Saskatchewan a fait appel à une équipe du tonnerre pour enregistrer Aimer comme une émeute paru il y a deux ans : Fred Fortin, Jocelyn Tellier, François Lafontaine, Samuel Joly et Rick Haworth. Elle a porté ses chansons sur la scène canadienne pendant la dernière année, chaleureusement accueillie partout où elle est passée. Son folk rock coloré de sonorités country est séduisant et rappelle vaguement Laurence Jalbert.


 

Céleste Lévis

Céleste Lévis a fait son chemin à travers les différents concours ontarien avant de se faire connaître du grand public avec l’émission La Voix. Choisie dans l’équipe d’Éric Lapointe, la jeune franco-ontarienne de Timmins n’a pas passé les demies-finales. Cela ne l’a pas empêché de se lancer entièrement dans la musique après avoir mis une pause à ses études. À coup de reprises et de tournées aux quatre coins du Canada, la talentueuse jeune femme a conquis avec sa pop commerciale mélodieuse qu’on retrouve sur son album Céleste paru en 2015.


 

Mélanie Brulée

Mélanie Brulée est une autre jeune femme talentueuse originaire de Toronto. En 2015, elle lançait Débridée, un album réalisé par Benoit Morier sur lequel André Papanicolaou et Anique Granger viennent faire leur tour. Ses chansons qui oscillent entre rock et folk sont aussi entraînantes que mélodieuses. La jeune femme a aussi tourné passablement depuis la sortie de l’album. Un talent à découvrir si ce n’est pas déjà fait.


 

On se voit donc le 5 mai prochain à Ottawa pour la 9e édition du gala des prix Trille Or.

http://www.apcm.ca/gala-des-prix-trille-or/

Critique : Laurence Castera – Le bruit des mots

Laurence Castera a commencé sa carrière comme chanteur du groupe Automat. Ça n’a rien à voir avec le brillant duo d’électronique allemand par contre. Celui-ci s’est fait connaître des masses en participant à la populaire émission La Voix. D’ailleurs, le jeune homme est taillé sur mesure pour ce genre d’émission. Il sait composer une musique pop accessible, bien exécutée avec une bonne dose d’âme.

Dans Le bruit des mots, Laurence Castera nous propose du bon, du correct et du moins bon. Dans l’ensemble, c’est un album pour lequel, il n’a pas à rougir. Plusieurs de ses chansons frappent la cible et nous propose une pop-rock efficace, mélodieuse, bien écrite et magnifiquement interprétée. C’est sûr que Castera reste en territoire connu et sauf. Ce n’est pas la pop la plus aventureuse, mais c’est quand même des lieux plus intéressants que du Marc Dupré, mettons.

Il y a quelques pièces vraiment bien tournées sur Le bruit des mots. La pièce-titre avec son air efficace, son texte bien imagé et sa trame qui gagne en puissance tout au long est bien appréciable. Avant la fin, on se surprend à chanter à tue-tête le refrain avec le jeune homme. Il nous montre aussi qu’il est capable de soutenir une chanson assez décharnée avec la douce et veloutée Rien. L’horloge fait mouche avec sa mélodie poignante. Mille choses se débrouille aussi malgré sa grosse guitare qui fait un peu plaqué et son traitement qui nous rappelle le début des années 2000.

C’est sûr qu’en pop québécoise, il y a l’avant et l’après-Louis-Jean Cormier. C’est le même genre de phénomène qu’avec Les Colocs ou Bernard Adamus. Chez Castera, c’est parfois très Cormier. Un peu trop à travers Le bruit des mots. Encore est sans doute la pièce la plus proche de ce que l’(ex?) — Karkwa nous offre, mais avec un peu moins de brio dans le texte, la facture et la guitare. Le maître est encore devant l’élève. Et puis, il y a quelques chansons qui tombent tout simplement à plat, comme la litanie qu’est J’peux pas t’écrire de toune. Elle fait penser à Dany Bédar, champion de la plainte en titre. Contrairement à ce dernier, on n’est pas rendu au point d’avoir envie de se sauver du Plateau… mais bon, ce n’est pas hyper original et efficace.

Un premier album intéressant pour Laurence Castera, qui montre beaucoup de potentiel et quelques failles. Il a un don pour la mélodie et sait écrire de vrais textes bien tournés. Ce qui n’est pas légion dans la pop québécoise. On sent aussi une réelle authenticité dans sa démarche et non un besoin absolu de jouer chez les Rouge FM de ce monde. Un artiste à surveiller qui saura vous charmer les oreilles avec ses ritournelles sympathiques.

Ma note: 6.5/10

Laurence Castera
Le bruit des mots
Coyote Records
47 minutes

http://www.laurencecastera.ca/

Critique : Albin de la Simone – L’un de nous

Albin de la Simone chante d’une voix ronde et douce l’amour à deux, l’amour qui vieillit et qui grandit avec une musique à la française franchement charmante. Avec L’un de nous, son cinquième album, Albin de la Simone réussit à émouvoir et à faire sourire.

L’un de nous a connu un enregistrement particulier. En deux jours, Albin de la Simone a enregistré sa voix, accompagnée seulement du piano, de façon très épurée. L’habillage orchestral a par la suite été fait, avec Maëva La Berre et Anne Gouverneur au violoncelle et au violon, François Lasserre à la guitare, Sarah Murica à la contrebasse, Milamarina à la harpe, la scie musicale de Mara Carlyle et Raphael Chassin à la batterie. Chaque instrument se fait discret, la place principale étant toujours laissée à la voix, porteuse de textes forts.

Ça commence avec Le grand amour, une pièce qui fait mal et soulage à la fois :

«On ne parlait pas d’amour
L’amour, c’est quoi?
On ne parlait jamais d’amour
Le grand amour
Ça n’existait pas».
– Le grand amour

De la Simone y raconte une histoire pleine de désir et de désinvolture et expose cette idée qu’on ne sait pas reconnaître l’amour tant qu’on ne le perd pas. Si l’on peut passer à côté de l’amour, on peut aussi passer à côté de la vie, sur Les chiens sans langue, qui raconte un suicide à deux avec une musique mélancolique, presque joyeuse.

L’amour s’éteint aussi, comme sur Ma barbe pousse, la chanson pourtant la plus rythmée du disque où l’homme blessé se laisse aller, répète Ça va alors que l’ex-femme fait un enfant à un nouvel amour.

Après, l’amour, ça se fait à deux, et parfois, on ne sait plus de qui vient le problème, comme sur la chanson-titre :

«L’un de nous
Moi je sais pas
Si c’est toi
Ou si c’est moi
Mais l’un de nous
Va pas»
– L’un de nous

Sur À quoi, Sabina Sciubba (Brazilian Girls) donne la réplique, elle qui a une voix pratiquement plus grave que celle du chanteur. Proche du spoken word, cette chanson a tout d’une berceuse.

L’un de nous s’écoute en douze courtes pièces douces et mélancoliques, où la voix suave sans être nonchalante d’Albin de la Simone, près de celle de Ludovic Alarie et de Pierre Lapointe, nous berce. Cet album sensible amène lumière et calme dans un monde drôlement contrarié. Rien de révolutionnaire à l’horizon, juste un petit bijou de poésie.

Ma note: 7,5/10

Albin de la Simone
L’un de nous
Tôt ou tard
39 minutes

http://www.albindelasimone.com/