Francophone Archives - Le Canal Auditif

Critique : Rymz – Mille soleils

La vie de Rymz a changé passablement depuis la sortie de son Petit prince en avril 2016. Le succès l’a rejoint et les concerts se sont multipliés. Il était même en nomination pour l’album hip-hop de l’année au dernier gala de l’ADISQ. Il préconise un rap qui se rapproche des courants populaires aux États-Unis en ce moment en prenant le triolet pour maître et l’Autotune pour allié. Tout ça en filant des journées d’éducateur spécialisé parce que… ce n’est pas la chose qui paye le mieux faire de la musique. Il s’est même retrouvé au centre d’une mini-controverse lorsque la police de Sherbrooke a annulé son concert en septembre dernier.

Il y a en long à dire sur Mille soleils. Rymz confirme sa place en tête de file dans le hip-hop québécois. Un hip-hop qui n’est pas nécessairement l’apanage de tous les fans du genre. On pense beaucoup à Migos et à la mode qui a revit dans le sud des USA dans les dernières années. Avec un bon fond de trap, il lance des textes qui parfois abordent les textes avec une certaine profondeur, mais qui parfois sombrent dans une superficialité gênante.

Commençons par le pot. Tout d’abord, l’utilisation des triolets est encore une fois bâclée. Elle est utilisée pour faire des mélodies efficaces, mais manque cruellement de viande sur l’os. À cet effet, GTA est un bon exemple de pièce où Rymz chante pendant 3 h 34 pour ne nous dire pas grand-chose à part qu’il a envie d’un joint et qu’il est méchant. Tout ça avec une empilade de clichés. Disons qu’on est loin de Kendrick Lamar. La même chose peut être dite de Ragemode qui vire dans le dubstep. En fait, la toune aurait pu s’appeler hommage à Danny Brown, mais sans le propos. Encore une fois, on a droit à une version sucrée aux gros mots. Un peu comme un Coke Diet, ça ressemble à l’original, mais ça laisse un arrière-goût désagréable. La force d’un bon texte de rap est d’abord et avant tout son deuxième degré et ses créations d’images. L’un et l’autre sont absents à quelques reprises sur Mille soleils.

Mais tout est loin d’être mauvais sur Mille soleils. Rymz est en jeune homme brillant qui est capable de bons textes. Ciao qui ouvre l’album nous percute avec une bonne trame, un texte intéressant qui dépeint la vie ordinaire avec un bon groove aux touches R&B. La chanson-titre fait aussi belle figure avec son habillage sonore minimaliste et Rymz qui montre qu’il est capable de prendre un débit nuancé et original. Petit sauvage aussi plonge dans une réflexion sur la vie avec lucidité et habileté.

Au final, tout n’est pas réussi sur Mille soleils, mais quand Rymz s’y met pour faire des chansons qui dépassent les clichés usuels, il le fait très bien. Il est appuyé par des compositeurs talentueux comme Shash’U, Farfadet, NeoWide et Gary Wide qui font du beau travail de façon générale sur l’album. Peut-être que c’était aussi simplement trop tôt. Pourtant Rymz nous a habitué à une bonne cadence dans les sorties. Mille soleils n’amène pas la même puissance que Petit prince.

Ma note: 6,5/10

Rymz
Mille Soleils
Joy Ride Records
50 minutes

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Critique : Labelle – Univers-Île

Labelle incarne bien le métissage. Dans tous les sens du terme. Ce jeune français est né d’une mère bretonne et d’un père réunionnais qui a quitté son île de l’océan Indien pour la SNCF… Disons qu’il y a plus exotique comme exil. N’empêche que Labelle s’est imprégné et de l’électro français de Jean-Michel Jarre et de la musique maloya issue de l’île. Après des études en musique à Paris, des soirées à faire le DJ derrière les plaques tournantes, Labelle a finalement quitté la France pour l’Île de la Réunion, où il a retrouvé les rythmes qui lui étaient déjà chers.

Qu’est-ce que ça donne? Des trames d’une grande richesse qui flirte avec le R&B et les rythmes percussifs résolument efficaces des musiques anciennes. Ce mélange à la fois de musique primale et de tissu sonore complexe et travaillé donne des résultats franchement efficaces. Univers-Île est un album varié, nuancé qui offre une panoplie de délicatesses pour les oreilles. Tout ça en donnant envie de taper du pied.

Labelle verse parfois dans un genre qui se rapproche de l’électro-pop et du R&B. L’exemple le plus clair de tout ça est l’excellente Benoîte sur laquelle Nathalie Natiembé chante dans une langue qui ressemble beaucoup au créole, que l’on comprend être la langue des insulaires. Ça fonctionne très bien. Kou D’zèl y va plutôt d’une approche plus mystique musicalement parlant. À travers les sonorités qui rappellent les chants et les percussions tibétaines, Zanmari Baré chante avec une voix qui donne légèrement dans le trémolo.

Labelle démontre une bonne palette sonore sur Univers-Île grâce à sa capacité à créer autant des pistes dansantes que mélodieuses. Et parfois même les deux à la fois. Dans ce registre, Éveil est un exemple de pièce entraînante magnifique. Babette opte pour un rythme plus cru et direct qui appelle aux pas de danses tribales. C’est contagieux à donner envie de se dandiner, peu importe où l’on se trouve. Les délicatesses qui rappelle Pantha Du Prince se retrouvent sur Playing At the End of the Universe. On y retrouve le même soin donné aux détails sonores qui se découvrent au fil des écoutes. Le genre de petits détails qui fait franchement plaisir.

Labelle est une belle découverte à faire, si ce n’est déjà fait. Son univers métissé rappelle parfois un peu Ibeyi, mais en enlevant les harmonies vocales et en ajoutant beaucoup de soin aux trames. Les pièces d’électro maloya font leur chemin facilement jusqu’aux tympans et risque fortement de vous charmer.

Ma note: 8/10

Labelle
Univers-Île
Infiné Musique
47 minutes

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CCF 2017: Les Soeurs Boulay et Caroline Savoie

Coup de cœur francophone se poursuit avec la soirée au Club Soda où j’allais retrouver les Sœurs Boulay et Caroline Savoie.

La notion du ici et maintenant, façon Boulay

Sous un décor de maisons en papier et d’ampoules de lumière, autour des 21hrs, le duo de frangines ( composé de Mélanie et Stéphanie Boulay) grimpe sur scène pour amorcer leur dernier spectacle de leur tournée à Montréal avant de prendre une pause d’un an. Toutes deux rayonnantes dans leur robes rouges, elles débutent Les couteaux à beurre qu’on peut retrouver sur la galette 4488 de l’Amour. En milieu de chanson, l’ampli de Mélanie est défectueux. Un petit son se fait entendre. La performance s’est vue interrompue de quelques minutes. Rien de bien grave, les filles ont su retourner ce petit pépin à leur avantage à lançant quelques blagues à la foule. Par la suite, La formation s’absente dans les coulisses histoire de bien régler le problème. L’atmosphère est détendue. Les sœurs reviennent. Nous demande de faire comme si de rien n’était. Le public se tait. Écoute. Sourit. Les Boulay recommencent la pièce. Puis, elles enchainent avec la puissante Cul-de-sac. La symbiose opère. Le Club Soda continue de rester silencieux devant les deux jeunes femmes absolument charmantes et rayonnantes. Rappelons que le spectacle était essentiellement en duo.

Mélanie et Stéphanie se réinventent tout en explorant leurs possibilités d’instruments (piano, ukulélé, guitare, tambour). Ce qui donnait une jolie impression de chimie même si les filles ont beau dire qu’elles se chicanent, par moments, malgré tout. Ceci dit, je crois sincèrement que leur voix et leur immense talent d’auteur-compositeur-interprète se complètent pour en faire une incroyable force musicale. Plus les chansons défilent, plus ça se comprend assez rapidement. Voilà que Gab des Îles se fait entendre. Mélanie chantonne les paroles. De sa voix chaude, la brunette nous couvre d’une belle chaleur humaine. Moment magnifique. Ça se poursuit avec Le cœur par le Chignon du coup, véritable hymne où tous dans la salle savaient les paroles sur le bout de leurs doigts. Stéphanie nous confit qu’elle avait juré voir un moshpit, tellement que l’énergie était bonne. L’intervention provoque un rire général, ce que c’était comique dans le moment. Mappemonde s’en suit. J’ai les joues humides. Les guitares et les ukulélés faisaient lanciner mes voisins de foule d’un côté et de l’autre. Magique. Plus loin, les Boulay nous donnaient envie de prendre le large avec Où la vagie se mêle à la grand’route et de se brasser la caisse de résonnance avec Sonne-Décrisse et Des Shooters de Fort sur ton bras. Tous y ont mis du sien en lâchant leur fou. Ça dansait, ça chantait. Les gens de l’auditoire ne semblaient pas centrés sur eux-mêmes avec leur téléphone pendant cette soirée. Ce que ça faisait du bien de voir ça. Le spectacle se termine sur Fais-un show de boucane et Langue de Bois. Visiblement touchées par tout cette amour, les filles partent en pause la tête tranquille et le cœur comblé. Une pause qu’elles ont grandement mérité.

À la découverte de Moncton

C’est la demoiselle originaire de Moncton Caroline Savoie qui avait la tâche d’ouvrir la soirée avec son folk chaleureux et poignant. En duo avec son guitariste, la jeune femme a su démontrer une présence sympathique en parlant d’anecdotes liées à son enfance, à son père et à ses amours. La musique n’a visiblement pas déplut à la foule. Certains s’exclamaient : « Ce qu’elle est bonne! ». Les riffs de guitare et l’accent de la jeune femme ont su en faire vibrer plus d’un. Seul petit bémol, à l’écoute, les chansons étaient très similaires les une des autres. Rien de bien alarmant. La demoiselle a su tout de même présenter son répertoire avec ténacité et charisme. Chose certaine, Savoie s’est fait découvrir par plusieurs hier soir, ça c’est sûr. Et c’est tant mieux.

 

Critique : La Famille Ouellette – Deluxe

La Famille Ouellette est un groupe atypique dans le paysage musical québécois. Les six « frères » ont formé le groupe à la hâte pour participer aux Francouvertes en 2016. Ce qui a été la surprise, c’est qu’ils se rendent aussi loin pour finir par l’emporter en finale. Disons que le coup de tête aura porté ses fruits. Il faut dire que ce ne sont pas non plus des inconnus qui forment le groupe. Jean-Sébatien Houle est l’architecte derrière l’imposant projet Une toune par jour et rythmait avec Christian David les joutes de la LIM. Ce dernier est aussi connu pour ses collaborations avec David Giguère et Gabriella Hook. On y retrouve aussi David Lagacé, l’une des moitiés de Fire/Works. Bref, ce ne sont pas des inconnus de la scène.

Sur Deluxe, La Famille Ouellette nous livre exactement ce à quoi on s’attendait d’eux. C’est à coup d’indie-pop contagieuse, de textes avec des touches d’humour et de mélodies vocales qui rajoutent un effet grandissant qu’ils pourfendent le silence. Si vous avez suivi leur parcours lors des Francouvertes, alors vous serez en plein terrain connu pour Deluxe.

Avec ses chansons qui se rapprochent parfois d’Half Moon Run, les Ouellette ne nous laissent pas s’ennuyer sur Deluxe. On retrouve avec plaisir l’intoxicante Tout ce vacarme réalisée avec goût. Ça rend justice à cette chanson fort réussie. Jogging est une autre chanson qui était dans le corpus du groupe. On y retrouve leur penchant pour le charme qui se fait ressentir à quelques moments sur Deluxe.

J’ai brisé la glace
Le froid dans les yeux
Regardé en face
Ton sourire me réveille
Tes jambes éternelles m’appellent
Le soleil sur ta peau
Tu me donnes chaud
Tellement chaud
Jogging

Ce petit côté charmeur se retrouve aussi Hey, ça va?, avec sa trame aux synthétiseurs et la voix de JS Houle qui est beaucoup trop douteuse. Il met en scène une rencontre et une drague dans le métro. Rien de moins. Le tout est aidé par la présence d’Hologramme pour la chanson et la chanteuse Eli Rose. Ce n’est pas la seule collaboration de Deluxe. La Famille Ouellette a fait appel à Judith Little et Greg Beaudin, mieux connus sous le pseudonyme Snail Kid (Dead Obies, Brown).

Le groupe n’est pas toujours non plus dans un rythme qui brise tout. On les retrouve plus calmes sur la réussie Kaatunga qui ouvre Deluxe. C’est en grande raison de ses chœurs harmonieux et doux aux tympans que le groupe s’en sort. Même chose sur l’atmosphérique et fantomatique Ce ne sont que des mots. Par contre, c’est moins réussi sur M’empêcher qui passe un peu dans le beurre. Sur Sortir dehors on créerait entendre Pierre Bertrand chanter. Ça surprend de prime abord, mais on s’y fait.

Deluxe est un album réussi pour La Famille Ouellette et jète les bases de ce qu’ils sont capables de faire. Peut-être est-ce parce qu’on les a suivis tout au long des Francouvertes, mais ça manque un tantinet de surprise. Surtout au niveau musical. Tout ce qui fait leur charme y est, mais ça manque un brin de folie. Est-ce que ce serait dû au fait que le groupe a assuré lui-même la réalisation de l’album? Possible. N’empêche, ce n’est pas raté pour autant! Et ça vaut le détour.

Ma note: 7/10

La Famille Ouellette
Deluxe
St-Laurent Records
40 minutes

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Critique : Loud – Une année record

Loud a lâché son Année record en surprise, le 27 octobre passé, alors qu’il était censé paraître le vendredi 10 novembre. Le jeune homme avait déjà fait paraître New Phone cet été, un EP fort réussit qui affichait le virage de sonorités qu’il prenait par rapport à Loud Lary Ajust. Comment ça se passe pour Loud à l’extérieur du trio?

On va se le dire, assez bien, merci! Loud a gardé Ajust à ses côtés et s’est aussi allié à Ruffsound pour la production des trames. Elles sont assez réussies de bord en bord d’Une année record. De plus, Loud brille sous les feux de la rampe. Il aurait pu se sentir un peu perdu sans son acolyte à ses côtés, mais c’est tout le contraire qui arrive. Loud offre des textes intéressants doublés d’un débit nuancé, varié et très efficace.

On se demande un peu la relation entre Loud et Lary Kidd avec la séparation de Loud Lary Ajust au moment où le groupe était au sommet de sa gloire. Loud nous offre quelques réponses :

Ça fait 2-3 ans que j’attends mon boy
Parait qu’il est resté coincer dans le trafic
Depuis que la Volvo a dérapé
Cinq ans in and out en thérapie
Des fois, j’ai l’impression qu’y’a rien appris
But these things they take time
TTTTT

La relation semble être bonne entre les deux, parce qu’à la chanson précédente, Il était moins une, Loud envoie une pique directement à Maybe Watson. Le membre d’Alaclair Ensemble aurait-il insulté son ami? Est-ce qu’on va se retrouver avec une petite guerre de mots dans le rap québécois? Ce serait divertissant, même si l’on est plus partisans de l’amour. Loud aussi, comme le démontre SWG (ft. Lary Kidd).

C’est un peu ce qu’on peut reprocher à Une année record. On passe de sujets pertinents et traités avec originalité à une superficialité totale. Reflet d’une génération? Possible. N’en reste que Hell, What A View accumule les références religieuses et possède une profondeur intéressante. Le prérefrain est aussi particulièrement marquant :

Dans la vie there’s something you gotta know
Tu peux pas changer les hoes en Kent Nagano
Tu peux pas sauver les kids, t’es pas Jean Reno
L’ennemi est parmi nous, parole de parano
Hell, What A View

C’est aussi dans cette même pièce qu’on remarque à quel point Loud a été influencé par Kanye West. Parfois, il peine à se distancier de ses influences. Ça amène de belles choses, dont une fluidité impressionnante dans son débit. Mais ça vient aussi avec les fameux « ha » qui ponctuent et repris ad nauseam depuis quelques années par l’ensemble de la scène rap mondiale. Par contre, Loud réussit là où Yes McCan et Joe Rocca n’ont pas encore trouvé leur voix. Loud fait un rap velouté aux touches mélodieuses et R&B, particulièrement évident sur On my life (ft. 20some et Lary Kidd).

Une année record est un bon album de rap qui fait la job et offre la chance à Loud de prendre toute la place. Honnêtement, ça lui rend service parce qu’il est doué de la plume et derrière le micro. C’est un album qui s’écoute tout seul et qui coule doucement avec de bonnes trames.

Ma note: 7,5/10

Loud
Une année record
Joyride Records
38 minutes

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