Critiques

Andy Shauf

Wilds

  • Arts & Crafts
  • 2021
  • 27 minutes
7,5

Il est arrivé sans crier gare au début de l’automne et m’accompagne régulièrement en voiture lors de mes allers-retours entre Montréal et la campagne… Sans être une suite au précédent The Neon Skyline, le septième disque en carrière d’Andy Shauf, intitulé Wilds, demeure campé dans le même univers et constitue une autre démonstration du talent de raconteur hors pair du musicien originaire de Saskatchewan.

Sur The Neon Skyline, Shauf s’était inspiré de l’idée d’album concept pour créer une suite de chansons ayant une certaine logique interne, avec des personnages revenant d’un titre à l’autre à la manière d’un leitmotiv. L’album ne racontait pas vraiment une histoire du début à la fin, mais présentait plutôt une série d’épisodes dans lesquels on suivait les aventures du narrateur et de Judy, son ancienne amoureuse, le tout dans une atmosphère de bar de fin de soirée dans une ville comme Regina.

Parce qu’elles ont été écrites à la même époque, les neuf titres qui composent Wilds font eux aussi intervenir la belle Judy. Comme sur The Neon Skyline, on n’y décèle pas vraiment de fil narrateur continu, même si certaines chansons laissent croire à une sorte d’antépisode qui se déroulerait avant la rupture du couple. Sur Spanish on the Beach, par exemple, on retrouve les deux personnages en vacances sur le bord de la mer, souvenir de temps heureux avant que « tout ne change », comme le dit d’ailleurs le narrateur. Cela dit, comme c’était le cas sur The Party (2016), il ne faut pas prendre les concepts de Shauf au pied de la lettre, lui qui s’en sert davantage pour installer des atmosphères que pour construire un récit en bonne et due forme.

Le plus impressionnant à l’écoute de Wilds, c’est à quel point ces chansons n’ont rien à voir avec l’idée qu’on se fait de chutes de studio ou de ces fameux B-sides qu’on nous ressort parfois à la faveur d’une opération marketing. En effet, non seulement ce nouvel album se compare avantageusement à The Neon Skyline mais il s’en révèle le parfait compagnon, un peu comme une expansion du même univers.

Les deux albums ont toutefois des personnalités qui leur sont propres. Ainsi, Wilds est plus folk et un peu plus intimiste dans le ton. Il est également moins jazzy dans son instrumentation, avec la clarinette de Shauf qui demeure essentiellement en retrait, si ce n’est sur l’avant-dernière pièce Believe Me. Les deux ont toutefois en commun une certaine nonchalance qui rend ces chansons éminemment sympathiques, comme si on se laissait raconter des histoires par un vieil ami autour d’une bière.

Musicalement, Wilds est du Shauf pur sang : il joue de presque tous les instruments, ce qui lui donne l’entière maîtrise sur l’intention derrière ses vignettes à saveur de confidence. Il y a un côté très épuré à l’ensemble, avec la plupart des titres construits autour de progressions d’accords relativement simples en apparence. Mais on décèle plusieurs détails savoureux, comme cette ligne de basse à la Walk on the Wild Side de Lou Reed sur Jeremy’s Wedding (Wilds). Une guitare électrique s’invite aussi sur quelques morceaux et donne une tournure un peu plus sombre à la délicate Call, tandis que l’excellente Green Glass recèle un côté à la Neil Young.

Comme sur The Neon Skyline, on sent que Shauf raconte ses histoires avec un léger détachement, tel un narrateur omniscient qui n’a pas vraiment d’engagement émotif avec ses personnages. Ce qui ne l’empêche d’aborder des sujets lourds, mais toujours avec un brin d’ironie, dont sur Jaywalker, où un piéton se fait happer par une voiture : « Jaywalker with your head hung low / You never saw it coming ».

En bref, un disque surprise qui a assurément rempli ses promesses.