Critiques

Thrice

To Be Everywhere Is To Be Nowhere

  • Vagrant Records
  • 2016
  • 42 minutes
6

ThriceThrice est de retour et pour de bon dit-on. Après un hiatus d’environ trois ans, la bande à Dustin Kensrue est retournée en studio pour travailler sur ce qui deviendrait To Be Everywhere Is To Be Nowhere.

Allait-on revoir le Thrice conceptuel et rageur de la période Vheissu/The Alchemy Index ou le Thrice fédérateur et efficace de Beggars et Major/Minor? Évidemment, il était peu probable que le groupe revienne au son d’Illusion Of Safety ou The Artist In The Ambulance, on s’entend.

On se coupe le suspense, To Be Everywhere s’inscrit dans ce «troisième Thrice» pour le dire comme un foucaldien. Il est toutefois moins puissant mélodiquement que Beggars et moins lourd musicalement que Major/Minor. Et c’est un peu lassant.

Car on écoute Thrice pour les gros refrains hymniques, les guitares pesantes et la colossale section rythmique, gracieuseté des frères Breckenridge. On les écoute aussi parce qu’ils sont d’incroyables musiciens.

Vous me voyez venir. To Be Everywhere est bel est bien un album de Thrice, mais il est leur premier sur le proverbial pilote automatique.

Mais attention. Je n’ai jamais critiqué le virage «alternatif» du groupe. Thrice peut bien devenir un genre de Foo Fighters intense et nous livrer des albums qui ratissent large, mais sans compromis, et je m’en porterai que mieux. C’était d’ailleurs là que résidait la valeur de Beggars et de Major/Minor: leur authenticité.

Pas que To Be Everywhere sonne faux. J’imagine que c’est difficile pour un groupe, même pour Thrice, de revenir en annonçant que ce sera pour de bon. Bonjour la pression.

Mais là où le bât blesse c’est que malgré le charisme fou de Kensrue, Thrice a toujours été un groupe paritaire si je peux me permettre, en termes de création. Ici, on sent que Kensrue est revenu de son détour religieux avec un paquet de chansons dans sa besace et que Thrice a tenté de renaître de ses cendres en suivant son leader.

Évidemment, dans le making of de l’album, les gars ont une version différente. Et je ne remets pas cette version en question. Je dis juste qu’avant le septième titre c’est assez terne cet album et qu’on a l’impression qu’il s’agit d’un album solo de Kensrue sur la majorité des titres.

Il faut être réaliste. Quand le groove est bon (Wake Up, Blood Of The Sand, Death From Above), les procédés mélodiques et les paroles répétitives – souvent racoleuses de surcroît -, sont bien en deçà des standards de qualité de Thrice. «We gotta wake up (X3) and coming back for more» répété à outrance, ça ne serait pas un point négatif dans une critique de Muse, mais justement, c’est de Thrice dont il est question.

Et des fois aussi, il n’y a juste pas de groove. Comme sur Stay With MeKensrue et ses comparses sonnent douloureusement comme Mumford et fils. C’est dire. Cette chanson est particulièrement mauvaise.

Mais bon. Il y a certes de bons morceaux comme Black Honey et Whistleblower, mais même sur ces titres, la sitedemo.cauction aplanit ce qui jusqu’ici faisait de Thrice un groupe bien au-delà de la moyenne.

Parlant de sitedemo.cauction, il faudrait virer le gars qui fait sonner Tappei Teranishi comme The Edge. Ou que les gars ressortent les guitares barytons… c’est selon.

Ce nouveau disque est donc, et ce n’est pas de gaieté de coeur que je le dis, un frileux retour pour Thrice.

Finalement, To Be Everywhere Is To Be Nowhere porte bien son nom. À vouloir faire du Thrice, les gars ont fait du Thrice plate. Et ça jusqu’ici, ça ne se trouvait pas dans leur discographie.

Ma note: 6/10

Thrice
To Be Everywhere Is To Be Nowhere
Vagrant Records
42 minutes

http://thrice.net/

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=C9GTEsNf_GU[/youtube]