Critiques

The Soft Moon

Criminal

  • Sacred Bones Records
  • 2018
  • 40 minutes
7,5

«How Can You Love Someone Like Me?» demande à répétition Luis Vasquez dans The Pain, 5e chanson du nouvel effort de The Soft Moon. La réponse à sa question est simple. Pour peu qu’on soit friand de claviers abrasifs, de beatbox frénétique, d’ambiance enfumée et de dépression dansante, le type a tout pour nous plaire.

Trois ans moins un mois après l’excellent Deeper, Luis Vasquez est de retour aux commandes de The Soft Moon. Ce 4e album de la formation reprend exactement dans le même univers que le dernier et on y jase encore de perte de contrôle, d’auto-dépréciation, de relations toxiques, de dépression et de la différence, si mince soit-elle, entre le bien et le mal. Au lieu de se booker des rendez-vous hebdomadaires avec un psy, Vasquez a choisi les tournées et sa musique continue d’être l’exutoire parfait de son mal de vivre. Si la recette commence à sentir le réchauffé un brin, le résultat demeure efficace. On ne se tanne juste pas de ses textes de trois phrases martelés ad nauseam et livrés machinalement ou en chuchotant sur des rythmes froids et menaçants. On est encore capable d’accepter à bras ouverts ses lamentations en voix de tête couchées sur des pistes atmosphériques brumeuses, ne serait-ce que parce que c’est encore un travail exécuté avec une passion et une sincérité désarmantes.

Burn ouvre la marche avec un des beats les plus agressifs de l’album alors que Vasquez clame en chuchotant qu’il est incapable de se contrôler et qu’un étranger vit dans sa peau et que ça brûle. C’est probablement le criminel dont il s’agit dans le titre de l’album. On pourrait encore faire jouer cette chanson au Saphir en 2004 ou dans Terminator en 1984, c’est selon. Ensuite, c’est Choke et ses propos masochistes (Take your Time, Crush me Fine) qui prend le relais en ralentissant juste un peu la donne sans rassurer l’auditeur. Give Something vient ensuite suggérer que Vasquez est véritablement le pire dude en matière de relation amoureuse ou interpersonnelle. C’est la pièce la plus tranquille et la plus déprimante de l’album. Elle est aussi magnifique, malgré son mascara qui coule. This Night, Like a Father, Hunts You Down til You Want to Destroy Her! est la phrase que l’on retient de la 4e piste, qui nous ramène dans les feux de la danse et c’est une autre comptine épeurante réussie pour Vasquez et compagnie. Même impression concernant The Pain, qui suit. Rendu à It Kills, par contre, un sentiment de déjà-vu commence à titiller un brin et donne vraiment l’impression qu’on a déjà passé exactement par là sur Zeroes ou Deeper. Étant donné le créneau particulier dans lequel le groupe évolue, c’est normal que ça arrive. C’est après le délire instrumental ILL que l’on retrouve les meilleurs morceaux de l’album soit le menaçant Young et le punk-industriel Born Into This. La chanson titre vient ensuite refermer doucement ce chapitre de l’oeuvre de Vasquez.

Criminal est un disque sans grande surprise qui fera très plaisir aux fans finis sans convaincre ceux qui demeurent indifférents devant les efforts néo-post-punk-industriels déployés par The Soft Moon. Je lui ai personnellement préféré son prédécesseur et ce n’est que cette raison qui me pousse à lui donner une note légèrement inférieure. Cela dit,  j’aurai quand même beaucoup de fun à me le retaper sur shuffle avec le reste de la discographie du projet solo devenu band, les soirs ou j’ai simultanément envie de danser et de me pendre.

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