Critiques

The Men

Drift

  • Sacred Bones Records
  • 2018
  • 35 minutes
6

Au début de sa carrière, la formation rock The Men se dirigeait vers une intéressante mixture de rock bruyant et explosif, empruntant autant à des groupes phares comme Dinosaur Jr, Sonic Youth ou The Replacements qu’à des artistes plus expérimentaux tels que Spacemen 3 ou encore à ces salopards de Stooges.

Puis, le groupe a fait paraître New Moon (2013) et Tomorrow’s Hits (2014); deux disques qui proposaient une mouvance vers le rock classique américain, un peu « heartland », à la Tom Petty & the Heartbreakers, ou encore à la Bruce Springsteen. Quelques indécrottables rockeurs ont alors abandonné le navire… En 2016, Mark Perro et Nick Chiercozi revenaient à la charge, suggérant un son plus crade, avec le très bon Devil Music. Même si celui-ci n’atteignait pas les assauts sonores démentiels de Leave Home (2011) ou encore le rock « drette dans ta face » d’Open Your Heart (2012), j’ai apprécié ce retour aux proverbiales sources.

Comme vous pouvez le constater, The Men ne carbure jamais à la stabilité créative. Ce groupe se fout carrément d’être cohérent et fait toujours à sa tête. Ce je-m’en-foutisme se traduit souvent par des concerts apathiques durant lesquels la communication avec le public est inexistante, où l’exécution est approximative.

La semaine dernière, The Men nous offrait un 7e album studio intitulé Drift sur lequel le groupe explore un paquet de « produits dérivés », du dance-rock au soft-rock psychédélique en passant par le folk introspectif. Décousu, un brin paresseux, ce nouvel album met de l’avant le travail de deux auteurs-compositeurs fonctionnant en vase clos, refusant toute aide extérieure afin de donner un peu de vigueur à leurs chansons.

En plus d’avoir enregistré un arsenal de pistes, contenant l’utilisation d’innombrables instruments disparates, le groupe a, semble-t-il, jeté la vaste majorité de cesdites pistes pour ne conserver que l’essentiel. Ce choix artistique discutable fait que ces chansons ne lèvent pas et souffrent d’une absence d’orchestrations inventives. En prêtant l’oreille à cette nouvelle production, certains y entendront peut-être une atmosphère fantomatique et apaisante. Pour ma part, cette inssufisance d’arrangements pertinents empêche certaines chansons, détenant un certain potentiel, d’atteindre un standard supérieur. Je pense ici à une pièce comme So High qui, sous un emballage country-rock séduisant, meurt de sa belle mort après une petite minute, tant elle est linéaire et sans saveur.

Malgré tout, Drift n’est pas un échec retentissant. Rose on Top of the World et When I Held You In My Arms sont émouvantes. Killed Someone est du The Men pur jus, remémorant la période Leave Home/Open Your Heart et Secret Light fait penser à LA Woman des Doors en mode « krautrock ». En contrepartie, Maybe I’m Crazy est un ratage complet; une sorte de rock dansant frisant l’amateurisme.

Perro et Chiercozi semblent créativement un peu perdus ou, du moins, en manque de repères. Ça arrive. S’agit maintenant, pour eux, d’avoir l’humilité de se tourner vers une aide extérieure compétente afin de mettre de l’ordre dans leurs idées.

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