Critiques

The Lumineers

Brightside

  • Dualtone Records
  • 2022
  • 30 minutes
5

Voilà déjà dix ans que The Lumineers a explosé avec Ho Hey, et un premier album éponyme plutôt réussi. Depuis cette année 2012 a suivi Cleopatra en 2016, toujours dans la même veine, contenant des succès comme Ophelia. C’est quelque part entre ce second album et le troisième, sobrement intitulé III et paru en 2019, que la bande amenée par le leader, chanteur et guitariste Wesley Schultz s’est un peu perdue, III ayant été l’un des disques les plus soporifiques et délébiles cette année-là.

La tâche de revenir au plus haut niveau – au moins commercial – semblait donc ardue pour le groupe. Heureusement, Brightside se trouve être un projet bien plus abouti que son prédécesseur.

Désormais réduits à un duo après plusieurs départs, Wesley Schultz et Jeremiah Fraites (multi-instrumentaliste) ont poursuivi leur association avec les producteurs Simone Felice et David Baron (Shawn Mendez, Lenny Kravitz) pour produire un quatrième album plutôt sympathique quoiqu’accusant de nombreuses faiblesses sur tous les plans.

Enregistré en deux sessions à Boiceville, New York, Brightside, effort très court (9 titres, 30 minutes) commence avec un titre éponyme qui sonne déjà mieux que ce que l’on a pu trouvé sur III. Ayant pour colonne vertébrale un riff de guitare électrique légèrement distordue, ce premier morceau parvient à traduire l’atmosphère mélancolique, aérienne, finalement folklorique que l’on retrouvera sur les pistes suivantes. Sans en faire trop avec une solide ligne de batterie et une bonne orchestration, ce premier morceau d’une grande énergie est suivi par A.M. Radio, titre contenant un intéressant changement de tempo au moment du passage au refrain, même si ce dernier n’est pas vraiment mémorable :

« Long as you run

I couldn’t give you up

Forever run

I couldn’t give you up »

– A.M. Radio

Le troisième titre Where We Are ouvre de nouvelles possibilités stylistiques pour le groupe. Avec son atmosphère solennelle, ses touches d’orgue et de piano, on sent l’énergie et l’intensité de l’orchestration montée tout au long du morceau. La voix de Schultz devient plus puissante, et son interrogation (« Where we are/ I don’t know where we are/But it will be okay ») pourra toucher l’auditeur en plein coeur. Morceau d’une grande douceur et en même temps émotionnellement et rythmiquement puissant, il est dommage que ce dernier soit le meilleur de l’album, et qu’après lui le groupe ne reprenne ses vieilles et vilaines habitudes.

Si l’on trouve parfois un refrain intéressant comme celui de Birthday – plus pour la mélodie que pour les paroles cela dit  – quelques envolées comme dans Big Shot, où la voix de Schultz est plus lumineuse que jamais, force est de reconnaître la fadeur de la grande majorité des titres qui suivent.

Si Rollercoaster est une pièce assez intéressante sur le temps qui passe et qui détruit (« I know what is what/ I can feel the rust/ I know you are already gone »), les autres pistes sont surtout oubliables, plates dans leur orchestration et d’une franche inconsistance.

Dans le même temps, les nombreuses redites musicales révèlent un manque d’imagination flagrant qui ne va qu’en s’accentuant, ce qui explique certainement le sentiment d’inachèvement que l’on peut trouver sur la plupart des titres. En témoigne un morceau comme Remington qui laissera la plupart des auditeurs complètement indifférents. Le titre contient de plus un synthé hors sujet qui rappelle étrangement In the Air Tonight de Phil Collins.

Seul Never Really Mine ne contient pas de problème de structure ni de rythme flagrant. Le morceau contient une montée (guitare, batterie, voix) savamment maîtrisée avant d’atteindre un final satisfaisant, même si on aurait aimé que cela explose davantage ou dure plus longtemps.

Trop faible également sur le plan des paroles – là non plus The Lumineers ne parviennent pas à éviter les redites – Brightside n’est toutefois pas un album foncièrement mauvais. Si la qualité de la production est à souligner, nous ne pouvons manquer d’avouer que le projet manque cruellement d’idées, de diversité, et surtout de coeur.

S’il parvient à faire mieux que son prédécesseur (on peut l’écouter sans s’endormir), nous aurions souhaité que le groupe se concentre sur l’écriture de formules pop plus efficaces, car c’est encore là qu’il est le meilleur.