Critiques

The Afghan Whigs

Do The Beast

  • Sub Pop Records
  • 2014
  • 41 minutes
6

Whigs_cover_nobandFormée en 1986 et originaire de Cincinnati, Ohio, la formation, menée par le tourmenté Greg Dulli, nommée The Afghan Whigs, effectue un retour sur disque après seize années d’absence. Le groupe s’était reformé en 2012 dans le cadre d’une tournée. Bien entendu, ce tour de piste fut couronné de succès. Rien de vraiment étonnant, puisque les Whigs en concert, c’est du bonbon! Après avoir offert trois disques majeurs au cours de sa carrière, avec Congregation (1992), Gentlemen (1993) et le génial Black Love (1996), est-ce que la bande à Dulli retrouve sa fougue d’antan avec ce Do The Beast?

D’entrée de jeu, on note une absence de taille à cette reconstitution: le guitariste Rick McCollum est demeuré à l’écart afin de panser quelques problèmes psychologiques liés à la surconsommation de substances nocives… Afin de remplacer McCollum, Dulli a fait appel à une panoplie de guitaristes, dont l’ami Josh Homme de Queens Of The Stone Age.

À regret, on doit avouer que la mise au rancart de Rick McCollum représente la principale faiblesse de ce Do The Beast. En effet, exit les guitares nerveuses, fougueuses et dissonantes du singulier instrumentiste, et ce, afin de faire place à quelques arrangements de claviers académiques et à un certain nombre de chansons aux rythmiques synthétiques décevantes. C’est sur cette création qu’on prend sérieusement conscience de l’importance du jeu de McCollum dans le spectre sonore des Whigs. Ça demeure résolument rock, mais parfois, le groupe flirte avec un univers un peu trop mature pour les oreilles de votre attentionné critique.

En contrepartie, on retrouve avec grand plaisir la voix atypique, les inimitables mélodies et l’écriture chansonnière troublée du maître d’œuvre et incontesté leader de la formation, Greg Dulli. La performance du musicien est irréprochable et vient sauver la mise de cette sitedemo.cauction qui aurait pu sombrer dangereusement dans les abîmes conservateurs d’un rock pour adulte formaté pour la radio marchande. N’en déplaise aux fanatiques invétérés de la meute, les Whigs présentent quelques ritournelles aux arrangements douteux; l’orchestrale/artificielle Lost In The Woods ainsi que les guitares/claviers Nintendo à la The Edge dans The Lottery constituent les exemples les plus probants de ces écarts de conduite.

Néanmoins, le groupe tire admirablement bien son épingle du jeu à certains moments: la lourde Parked Outside, la typiquement Afghan Whigs titrée Matamoros, le simple désertique Algiers de même que la volcanique These Sticks font office de morceaux phares. On est quand même en présence d’un disque d’Afghan Whigs et malgré la déception exprimée par votre humble scribe, ça demeure un album rock de qualité; un groupe incapable de réelle médiocrité.

C’est donc un retour à géométrie variable pour la formation américaine. Les aficionados de la première heure sauront aisément reconnaître l’immense talent de compositeur de Greg Dulli… et du même souffle, ces mêmes fans sauront identifier la disparition frappante de l’unique Rick McCollum dans le son des Whigs. Dans l’esprit de plusieurs mélomanes issus des années 90, The Afghan Whigs demeurera un groupe culte marquant, et ce, malgré ce Do The Beast en dent de scie. Un disque inégal.

Ma note : 6/10

The Afghan Whigs
Do The Beast
Sub Pop
41 minutes

theafghanwhigs.com

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