Critiques

Temples

Hot Motion

  • ATO Records
  • 2019
  • 46 minutes
7

En 2014, quand Temples a lancé son premier album Sun Structures, j’avais été séduit par ce rock psychédélique empruntant aux pionniers du genre comme les Beatles ou The Byrds. Après un virage synth-pop plutôt réussi sur Volcano (2017), la formation britannique remet ça sur Hot Motion, qui délaisse lui aussi les sonorités typiques des années 60 au profit de rythmiques plus appuyées et d’un côté dansant.

La recette de Temples n’a jamais été des plus originales. Personnellement, je ne m’en suis jamais formalisé, préférant me concentrer sur la force des riffs et l’efficacité des chansons, sans chercher à y déceler un côté innovateur. Sun Structures, par exemple, reproduisait de façon extrêmement fidèle l’esthétique psych-rock des années 60 grâce à un souci du détail et à une production adéquate. Sur Volcano, le groupe s’abreuvait à une autre forme de psychédélisme, un peu plus colorée et bon enfant, davantage proche de Yellow Submarine que de Tomorrow Never Knows, disons.

Ceux et celles qui ont toujours déploré les références un peu trop appuyées dans la musique de Temples pourraient trouver davantage chaussure à leur pied avec ce Hot Motion. En effet, il s’agit sans doute de l’album où leur signature sonore est la mieux développée. Certes, on y reconnaît encore des influences, mais elles se veulent plus hétéroclites (ou obscures), ce qui les rend moins connotées à un style ou à une époque en particulier. J’entends un peu de MGMT sur Not Quite the Same, avec sa rythmique bondissante, tandis que la chanson Holy Horses me fait penser à Caravan, un groupe assez peu connu associé à la scène de Canterbury dans les années 70.

Certes, il y a encore du Beatles par-ci par-là. Même que le groupe a reconnu avoir copié la technique mise au point par George Martin pour In My Life (enregistrer le piano à demi vitesse puis l’accélérer au montage) pour le solo de guitare de Context, par ailleurs une des meilleures chansons sur Hot Motion. Le groupe montre également qu’il est encore capable de pondre des morceaux efficaces qui combinent psych-rock et pop avec tout juste le bon dosage, comme la très réussie Step Down ou encore la chanson-titre. Et pour les nostalgiques du son un peu plus vintage du premier album, Monuments conclut l’album en beauté avec une petite touche de folk.

Il y a aussi quelques pièces qui atteignent plus difficilement la cible, notamment The Howl qui sonne un peu comme du rock d’aréna et qui me rappelle même Uprising de Muse. Les textes ne sont pas non plus transcendants, avec des jeux de mots un peu faciles du genre « You’re either on something or you’re unto something ». Mais bon, on n’écoute pas Temples si on veut philosopher sur le sens de la vie.

Bref, Hot Motion s’inscrit dans une belle continuité avec le précédent Volcano, même si le groupe a vécu des changements qui auraient pu influencer sa direction musicale. Le batteur Samuel Toms a quitté le bateau l’an dernier et n’a pas été remplacé. Le trio a par la suite rompu les ponts avec la compagnie de disques londonienne Heavenly Recordings pour signer avec ATO Records. (Étrangement, Temples est le deuxième groupe de la vague néo-psychédélique britannique après TOY à quitter Heavenly en quelques mois… Sans doute le label est-il trop occupé à gérer les sorties d’albums de King Gizzard and the Lizard Wizard de l’autre côté de l’Atlantique!)

Parce qu’il ne contient pas de titre mémorable comme Mystery of Pop, j’ai tendance à classer Hot Motion légèrement en dessous de Volcano, mais ça reste un disque très efficace. Non, Temples n’a pas inventé le bouton à quatre trous, sauf que le groupe sait très bien comment recoudre une chemise (fleurie, de préférence).

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