Critiques

Stella Donnelly

Beware of the Dogs

  • Secretly Canadian
  • 2019
  • 43 minutes
8
Le meilleur de lca

Like a mower in the morning
I will never let you rest
You broke all the bonds she gave ya
Time to pay the fucking rent

– Boys Will Be Boys

Les dernières lignes de la chanson Boys Will Be Boys qu’on retrouvait déjà sur l’EP Thrush Metal paru en 2017 en Australie puis en 2018 en Amérique du Nord, donne le ton pour comprendre d’où vient et où s’en va Stella Donnelly. La jeune femme au visage angélique, à la voix légère, à la guitare aérienne et aux mélodies accrocheuses n’est pas inoffensive pour autant. C’est dans les mots qu’elle se reprend et n’y va pas avec le dos de la cuillère pour attaquer une culture de masculinité toxique qui a régné pendant des années.

Si Thrush Metal était un EP fort réussi, ce premier album complet de Stella Donnelly prouve qu’elle possède une plume acérée, intelligente, redoutable qui traduit le ras-le-bol d’une génération de femmes qui en ont marre des hommes qui ne font qu’à leur tête. Tout le monde en prend pour son rhume : les vieux libidineux à la Rozon, la religion catholique, les garçons dans les partys de fin de cégep et d’université. Mais ce n’est pas non plus un discours dénué de nuances.

Boy, if you touch her again
I’ll tell your wife and your kids about that time
‘Cause this is not ’93
You lost your spot on the team, you’re out of line

– Old Man

Le premier simple, Old Man, annonçait bien les couleurs de l’Australienne. Malgré ses mélodies bon enfant, ça allait arracher. Miroir de la société, Donnelly en a soupé des hommes, en position d’autorité, qui se permettent de faire ce qu’ils veulent et qui évitent les conséquences. Fini les Weinstein, Rozon, Salvail et compagnie. Les langues sont déliées et le fiel est prêt à sortir. La religion est à son tour montré du doigt pour son éternel conservatisme sur Watching Telly qui brosse le portrait d’un couple dysfonctionnel. Ce couple dysfonctionnel, c’est celui de Dieu et de la femme reléguée à deux rôles : celle de mère ou de putain.

Mais n’allez pas croire que Stella Donnelly n’a qu’un sujet de prédilection. Elle nous parle aussi de séparation douloureuse sur Allergies et des regrets qui accompagnent parfois la fin d’une relation. Tout n’est pas négatif, l’amour se pointe du bout des lèvres pour la jeune femme. Elle l’effleure sur Mosquito, une chanson d’amour avec de bonnes lignes comme :

I got sick of waiting Tuesday afternoon
K Line sea containers, thunder past my room
I use my vibrator wishing it was you
I was thinking of ya Tuesday afternoon

– Mosquito

Les réunions de famille qui sont parfois des joyeux bordels se font ici aussi traîner dans la boue sur Season’s Greetings. Bien que la plupart des pièces reposent sur une base de guitare, Donnelly s’aventure dans le spectre des synthétiseurs sur Bistro.

La magnifique contradiction entre la légèreté des chansons de Stella Donnelly et la dureté (et même l’attitude punk) des paroles frappent dans le mile sur l’ensemble de Beware of the Dogs. C’est un premier album tout à fait réussi pour l’Australienne qui dit les choses avec une honnêteté désarmante. Voilà une jeune femme de qui nous entendrons parler dans les prochaines années et il n’y a aucune bonne raison de bouder notre plaisir et d’écouter en boucle l’album.

 

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