Critiques

Spiritualized

And Nothing Hurt

  • Fat Possum Records
  • 2018
  • 48 minutes
7,5

De l’autre côté de la grande flaque, le grand patron de la formation anglaise Spiritualized, Jason Pierce, est perçu comme un grand visionnaire du rock. Ici ? Bof. Même si les différences culturelles ont tendance à s’aplanir entre l’Europe et l’Amérique, le rock européen a toujours eu des idées de grandeur – misant sur des réalisations plus raffinées – alors que la musique américaine est globalement plus sobre. Évidemment, j’émets ici des généralités qui mériteraient d’être discutées et approfondies autour d’une bière ou deux, avec des mélomanes passionnés…

Après l’excellent Sweet Heart, Sweet Light (2012) – disque sur lequel Pierce s’est surpassé mélodiquement parlant – Spiritualized est de retour cette semaine avec And Nothing Hurt; une production enregistrée et réalisée en mode esseulé, par l’artiste, dans sa maison londonienne. Des rumeurs ont également fait surface quant à la possibilité que ce huitième album soit le dernier de Spiritualized. Si ce mémérage s’avérait véridique, je vous conseille fortement de plonger dans ce And Nothing Hurt; un disque qu’on n’attendait plus de la part de ce grand écorché.

Au fil des albums, le space-rock de Spiritualized s’est fait tout petit afin de faire une grande place aux ambitions orchestrales de Pierce, ce qui aurait pu miner la pertinence du groupe. Combien de créateurs se sont aventurés de manière maladroite dans un format dit « orchestral / symphonique » en créant une musique pompeuse, sans âme et aseptisée ? Poser la question, c’est y répondre. Chez Spiritualized, les orchestrations, le gospel, la réalisation léchée et l’influence du Velvet Underground n’ont jamais fait ombrage aux chansons douces-amères de Jason Pierce.

Ainsi, le vétéran nous propose un disque langoureux qui prend magnifiquement son temps. Alors que certains pourraient y percevoir une paresse rythmique – la plupart des chansons de ce disque sont à la même vitesse – j’y entends plutôt des chansons qui servent parfaitement les propos de Pierce.

And Nothing Hurt est un album qui porte autant sur les coeurs qui se fanent que sur les corps qui tombent en désuétude… Pierce nous rappelle judicieusement que toute cette usure est naturelle et que sans ce « lâcher prise » (à cultiver quotidiennement), l’inexorable vieillissement peut se transformer en un cauchemar infini. Dans Sail on Through, l’impuissance est manifeste, mais empreinte de sérénité :

« If I could hold it down

I would sail on through for you

If I weren’t loaded down

I would sail on through for you »

-Sail on Through

Pour confectionner ce disque, Pierce en a sérieusement bavé, et pourtant, toute cette musique coule de source avec une facilité déconcertante. Voilà le signe d’un artiste en parfaite maîtrise de son art. Parmi les plus beaux moments ? L’entrée en matière alliant gospel et psychédélisme intitulée A Perfect Miracle. On the Sunshine et The Morning After nous plongent dans un rock psychédélique parfaitement Spiritualized et Let’s Dance est un chef-d’oeuvre de beauté portant sur le temps qui passe.

Pour une énième fois, Jason Pierce nous propose un album indémodable, qui mettra probablement le point final à un parcours créatif éprouvant pour l’artiste, mais ô combien idyllique, du moins pour un bon nombre de mélomanes qui ont adoré Spiritualized.

Le rock dans ce qu’il y a de plus beau.

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