Spencer Krug
Same Fangs
- Pronounced Kroog
- 2026
- 39 minutes
Depuis un peu plus de vingt ans, Spencer Krug livre dans la musique de qualité. Même si de nombreux mélomanes le connaissent surtout à travers Wolf Parade ou peut-être Sunset Rubdown, je suis surtout entré dans l’univers de Krug à travers le magnifique Julia With Blue Jeans On sous son pseudonyme Moonface en 2013. Depuis, Krug, tel l’électron libre qu’il est, a continué de créer en solo, a réuni Wolf Parade et a même réuni Sunset Rubdown pour une série de concerts en 2023 avant de lancer un album en 2024.
S’il fallait rapprocher Same Fangs d’un projet de Krug, c’est sans contredit Julia With Blue Jeans On. On y retrouve la sobriété qui nous avait séduits à l’époque, alors que, la plupart du temps, il est en solo au piano avec un accompagnement minimal, que ce soit à travers la voix d’Elbow Kiss ou encore avec des synthétiseurs. Un bon exemple de cela est Pinecone King, où la voix légèrement falsetto de Krug est accompagnée du piano et de la voix d’Elbow Kiss. Mais on ne se fait jamais duper, c’est Krug qui occupe la place centrale.
Même quand il ajoute un peu plus de fioritures, ça demeure très simple pour Krug sur Same Fangs. C’est le cas sur Timebomb, le premier extrait paru de l’album. On y entend Krug, qui chante sur un piano distorsionné où sa voix occupe l’espace central où il nous parle qu’il pensait que réécouter une chanson en auto lui permettait de trouver un sens plus profond qu’il pouvait écrire par la suite. Ce qui est intéressant, c’est qu’il lève le voile sur une errance dans son processus créatif par le passé et une leçon qu’il en a tirée. Puis, il fait référence à lui-même sur Listening to Music in Cars 2.5 (All the Tired Horses), où il explique que la pièce d’origine n’était pas si bonne. Puis, il réfère à Timebomb. Toute est dans toute. Ce qui est intéressant, c’est qu’on se fait aspirer dans un monde où c’est le processus de Krug, de manière très personnelle, qui est mis de l’avant. C’est un peu méta. C’est aussi franchement efficace.
Pour les quelques fois où Spencer Krug va dans l’arrangement, il nous livre de belles choses. C’est le cas sur Hasn’t it Always, qui mise sur des cordes dynamiques. Berserker Mode mise sur quelques percussions et surtout sur une excellente mélodie vocale. Encore une fois, sur cette pièce et comme sur le reste de l’album, ce qui ressort d’abord et avant tout, c’est Spencer Krug qui brille avec ses grandes qualités de mélodiste et son interprétation intense qui ne verse jamais dans le mélodramatique.
Spencer Krug continue de naviguer les voies de la création artistique avec adresse et le démontre avec habileté sur Same Fangs. S’il y a une chose qu’on peut dire de cet album, c’est qu’il n’est certainement pas pareil, même s’il reste dans l’imaginaire créatif de Krug. Ça vaut entièrement le détour.