Critiques

Sarah Davachi

Pale Bloom

  • Superior Viaduct
  • 2019
  • 44 minutes
7

La compositrice canadienne Sarah Davachi évolue dans le milieu électroacoustique depuis un peu plus de cinq ans, se spécialisant dans les trames en fondus enchaînés fabriqués à partir de synthétiseurs et d’instruments acoustiques. Elle avait attiré l’attention de LCA avec la sortie de Barons Court en 2015, un premier album qui démontrait sa capacité à nous transporter ailleurs avec ses longs accords étirés et ses atmosphères planantes.

Davachi a été très prolifique depuis, publiant sept autres albums, quelques simples et prestations sur scène qui, un après l’autre, explore le potentiel de la synthèse analogique en expérimentant sur une série de claviers vintage de fou. Elle complète sa palette créative au piano et autres orgues avec des lignes mélodiques posées, inspirées du courant néo-classique. C’est justement ce qui se passe sur son neuvième album, Pale Bloom, disque publié en mai dernier, avec trois pièces composées au piano et une quatrième bien plus élancée qui propose un trio au violon, viole de gambe et harmonium.

Perfumes I commence doucement au piano, et se développe lentement jusqu’à ce que les notes inversées viennent occuper les espaces entre les notes du piano. La masse s’épaissit et crée une atmosphère mélangeant de la mélancolie avec une petite teinte de triomphe, sur une suite d’accords qui semble inspirée de la musique espagnole.

Perfumes II reprend la séquence mélodique de la première partie, qui change légèrement par la suite pour s’enrichir avec la voix du contre-ténor Fausto Dayap Daos. Sa performance crée une proximité qui résonne avec la tendresse, et une sensation d’apesanteur qui rend la pièce planante.

Davachi ouvre Perfumes III sur de longs accords à l’orgue Hammond, laissant un peu d’espace pour que le piano puisse établir une pulsation harmonique. La combinaison des deux instruments est tout de même équilibrée, l’oscillation à l’orgue génère une sorte de filament élastique auquel le piano arrive à fixer ses accords.

Eric KM Clark (violon) et Laura Steenberge (viole de gambe) débutent If It Pleased Me to Appear to You Wrapped in This Drapery sur de longues notes frottées lentement. La respiration mise en place joue avec la consonance et la dissonance entre les harmoniques des deux instruments, qui se font passer pour un accordéon ou un harmonica selon le croisement généré. L’illusion est d’autant plus surprenante lorsque la masse se transforme en orgue, reprenant la mélodie en main, celle-ci accompagné par les cordes.    

L’univers sonore de Sarah Davachi continue de prendre de l’expansion avec un retour à la composition au piano inspirée par Bach et Artemiev. Les trois premières pièces créent une atmosphère en équilibre entre le vide spatial et la délicatesse humaine, tandis que la quatrième se rapproche davantage d’une trame abstraite qui s’adapte à la qualité d’écoute. Il y a une dimension psychoacoustique appréciable dans cette dernière, et dans le travail de Davachi en général, à savoir que les croisements de timbres sonores d’un instrument à l’autre peuvent sembler banals à la première écoute, mais deviennent très captivants une fois que l’on réalise le niveau de maîtrise de la matière première. Pale Bloom est fortement recommandé aux oreilles un peu plus curieuses.  

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