Critiques

Sampa The Great

As Above, So Below

  • Loma Vista Recordings
  • 2022
  • 39 minutes
8
Le meilleur de lca

Sampa The Great nous offre son quatrième opus, As Above, So Below, un album coup-de-poing, fougueux et courageux.

Après avoir roulé sa bosse pendant plusieurs années en Australie, la chanteuse souhaite affirmer ses racines zambiennes et revendiquer son appartenance à la nation africaine tout comme aux langues bantoues comme le nyanja. Sampa The Great a plusieurs fois révélé s’être retrouvée coincée entre sa prolifique carrière australienne et son impression de trahir ses racines.

La pièce Imposter Syndrome, en collaboration avec le chanteur et guitariste zambien James Sakala fait d’ailleurs état du déchirement vécu par l’artiste. Malheur, les paroles du morceau sont absolument introuvables sur le web et le débit rapide de la rappeuse rend la compréhension pas toujours évidente. Il faut déchiffrer par soi-même, mais de mon point de vue, les couplets de Sakala, une pièce jumelée aux sons des tambours et du balafon, constituent une sorte d’injonction à renouer avec soi-même et ses origines,

Mask On, la troisième pièce de l’opus aux basses dérangeantes et profondes demeure dans les mêmes thèmes que Imposter Syndrome. La présence, à la fois forte et douce de Joey Bada$$ (un rappeur que j’affectionne particulièrement), est un ajout puissant au morceau. Il dira dans son couplet « Lookin back we was mad poor / Now fast-forward and we I the Forbes »,comme quoi le syndrome d’imposteur face à la réussite est tout sauf isolé. Cette pièce est, selon moi, le chef-d’œuvre de l’album. Elle surprend par son rythme complètement changeant, oscillant entre l’agressivité et la douceur : un 2min52 d’émotion pure ! Le morceau finit comme il a commencé : abruptement et sans ménager l’auditeur·ice.

Can I live vient également gratouiller dans les émotions par son style qui vient s’inspirer du call and response.  On se délecte du dialogue constant entre Sampa, un chœur de chanteuses, le piano et la guitare. La pièce est un monument bluesy qui donne des frissons et qui offre une place inespérée à l’orgue Hammond. On retrouve ici un style beaucoup plus gospel, rock et soul quasi exempt de sonorités électroniques. La rappeuse prouve ici qu’elle est définitivement une touche-à-tout.

L’album se termine par une superbe collaboration avec l’indétrônable Angélique Kidjo, chanteuse béninoise, lauréate pas d’un, mais de cinq Grammy Awards. On retrouve ici un puissant hymne à la force féminine et à l’importance d’assumer qui on est. Sampa fait d’ailleurs mention de ses deux plus grandes inspirations Tupac et Lauryn Hill : « Singing Tupac hooks, still ignoring the fact a queen names Lauryn / Said you can conquer any hill »

Ce qui surprend et charme chez Sampa the Great, c’est avant tout son énergie débordante qui se traduit par un débit bien appuyé. Son timbre de voix nasillard tout à fait assumé ensorcelle, rappelant même par moment la célébrissime chanteuse islandaise Björk. Les superbes harmonies subliment chacune de pièces de l’album et les métissages improbables semblent être la signature de Sampa The Great. As Above, So Below est résolument un album presque spirituel qui mérite d’être écouté et réécouté attentivement.