Critiques

Rufus Wainwright

Unfollow the Rules

  • BMG
  • 2020
  • 51 minutes
8
Le meilleur de lca

Rufus Wainwright est de ces artistes que le talent et le savoir-faire maintiennent au rang de valeur sûre quoiqu’il arrive. Il aura ainsi toujours le luxe de s’extirper des modes et courants musicaux, de n’avoir pas besoin d’étiquette « hype » ou « has been ». Le gars Wainwright ne fait pas du rock, du folk, du mumble rap fluo dégénéré ou de la pop outrancière exagérément nonchalante. Il fait de la musique. Point.

Alors oui ! Les puristes diront qu’il fait de la « pop baroque », ou encore du « popera », ce qui n’est pas faux en soi. Mais ses compositions empruntent tellement à différents styles musicaux que ces termes sont aux mieux limités ou aux pires réducteurs.

Le chanteur américano-canadien en est à son neuvième long avec l’album Unfollow The Rules dont le titre invite à réfléchir en ces temps incertains. Ayant sorti son premier album en 1998, le musicien a toujours bénéficié d’un succès critique certain, mais un succès commercial plus limité aux États-Unis. Pour faire court. Il y est connu sans être incontournable.

Maintenant, ne nous compliquons pas la tâche, les raisons pour lesquelles vous devez écouter cet album sont au nombre de trois.   

L’homme est un chanteur exceptionnel, un vocaliste comme on en fait plus, qui fait tout ce qu’il veut avec sa voix, que ce soit du côté des fanfreluches stylistiques qu’il exécute avec aisance ou des émotions qu’il fait passer. Le timbre à la fois cristallin et légèrement abrasif, et la voix longue qui fait des pirouettes en falsetto, à la Jackie Wilson.

Écoutez le crooning sinatresque au vibrato soigné de Damsel In Distress et Unfollow The Rules, les passages en voix de tête, souples et légers, de Trouble in Paradise ou Romantical Man. Ou encore les longues notes tenues interminables de Only The People That Love et Alone Time (qui comprend aussi des envolées lyriques stratosphériques et des arrangements de voix gargantuesques).

Puis, ses textes sont inspirés, les thèmes, à la fois classiques et originaux. Il va de la chanson d’amour ordinaire sous différents angles  (Romantical Man et Peacefull Afternoon) aux observations quasi journalistiques des tracas du quotidien (Trouble in Paradise), du régionalisme de la célébrité (l’humoristique You Ain’t Big). Correspondance à remonter le temps (My Little You) ou encore hommage à Joni Mitchell déguisé en complainte chevaleresque.

Enfin, l’artiste va fouiller dans les archives de la musique populaire et s’inspire tout autant des (bons) clichés du rock, que de la country, du jazz easy-listening qui roucoule, ou de la comédie musicale voir du classique. Ainsi, la variété des arrangements est surprenante et n’autorise pas l’ennui.

D’abord, il y a l’ambiance comédie musicale sautillante de l’ensemble, conséquence de la production raffinée peut-être. Puis, les références appuyées au classique, comme les cordes amples de This One’s For The Ladies That Lunge ou la cacophonie angoissante de Early Morning Madness, chanson d’ailleurs portée par un piano James Bondesque du meilleur aloi.

D’autre part, on a les clins d’œil aux musiques plus balancées, comme la guitare jazz canaille du morceau d’ouverture, celle pleine d’un trémolo défiant du second, puis le plan country-blues chaloupé de You Ain’t Big.

Il y a enfin les sonorités très électro de Hatred, avec son atmosphère de musique de film et son refrain grandiose.

En bref, Rufus Wainwright n’est toujours pas manchot avec une guitare ou un piano et il continue de produire. Pour compléter cette modeste analyse, jetez un œil à son entrevue avec L’Echo Belgique.

2 commentaires

  1. Mathieu Valiquette, le 2020-07-24 à 10:31

    “Ayant sorti son premier album en 2012, le musicien a toujours bénéficié d’un succès critique certain, mais un succès commercial plus limité aux États-Unis.” Son premier album est plutôt sorti en 1998.

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