Critiques

Rival Consoles

Articulation

  • Erased Tapes
  • 2020
  • 34 minutes
7,5

Ryan Lee West est un compositeur, musicien et producteur britannique travaillant sous le nom de Rival Consoles depuis un peu plus d’une dizaine d’années. La publication de son premier maxi The Decadent (2007) a coïncidé avec la fondation du label Erased Tapes, sur lequel toutes les autres publications du projet ont suivi. Dans ce contexte West a eu le temps de développer une identité sonore qui semble s’être cimentée à partir de Howl (2015), dans la mesure où on ressentait que la direction artistique était claire et homogène. Il a renouvelé sa démarche créative à partir de Night Melody (2016) en intégrant l’art visuel comme source d’inspiration, une approche qui lui a fait atteindre un sommet avec Persona (2018), possiblement un des meilleurs albums de musique électronique de chambre publiés cette année-là avec Age Of de Oneohtrix Point Never. Pourquoi changer, West a repris cette technique de composition sur Articulation, nouvel album publié cet été, et joue savamment avec l’élasticité de l’espace et du temps pour aller un peu plus loin dans la même direction.

Vibrations on a String réverbère au loin comme un cuivre synthétique, générant un fil conducteur auquel se greffe des scintillements rythmiques, complétant le démarrage sur un kick entraînant. On ressent l’effet de répétition de la séquence qui revient en boucle, bien qu’elle soit équilibrée par des passages texturés qui décorent la mélodie comme des souffles imprévisibles. Forwardism continue de façon percussive, et réverbérée, jusqu’à ce qu’une suite de motifs arpégés se succèdent d’un instrument à l’autre. Le thème musical se concentre sur un son bondissant supporté par une basse profonde, évoluant joliment jusqu’à un point culminant qui lévite brièvement, pour repartir ensuite sur le kick. Melodica passe à une forme plus ambiante, créant un moment d’arrêt, une pause durant laquelle du field recording de pluie en forêt est placé en toile de fond. Le thème contemplatif est joué sur un orgue qui semble connecté à des tuyaux en verre, en duo avec une corde synthétique qui vibre sur quelques notes.

Articulation repart rythmiquement sur une mélodie bondissante, jouant avec l’élasticité temporelle et créant des combinaisons assez brèves de fragments mélodiques et de densité percussive. L’effet de plusieurs vagues sonores qui se croisent est superbe. On apprécie le contraste entre la masse mélodique plus claire et aérienne et les percussions plus sombres et profondes. Still Here prend place sur une séquence arpégée qui tourne également en boucle, jouant en écho placé en avant de la trame qui flotte comme un brouillard au pied d’une montagne. Sudden Awareness of Now continue sensiblement de la même façon en démarrant sur une séquence arpégée. La partie rythmique est accentuée progressivement jusqu’à un pont entraînant qui fait le lien avec une conclusion vaporeuse.

Il n’y a pas de doute, Rival Consoles fait de la bonne musique depuis ses débuts et avec cette réputation et ce niveau de maîtrise, l’enthousiasme généré par la suite de Persona relègue son nouvel album à une étape transitoire. Celui-ci profite en grande partie du territoire établi pour continuer l’exploration le long de la frontière. Il n’y a donc pas de grande surprise, mais West n’a pas besoin d’en créer vraiment tellement c’est bon. Il peut bien prendre le temps de contempler son identité sonore sur Articulation, comme les Clark et Jon Hopkins de ce monde l’ont fait à leur façon.

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