P'tit Belliveau
P’tit Belliveau
- Indépendant
- 2026
- 37 minutes
P’tit Belliveau est arrivé comme une véritable bouffée d’air frais en 2020 grâce à son succès Income Tax. En quelques années, le Néo-Écossais Jonah Guimond est devenu un incontournable de la scène franco-canadienne et son nouvel album vient enrichir un parcours déjà couronné de succès en mettant l’accent sur son côté plus sérieux, avec un large éventail de styles allant du néo-trad au grunge lourd.
Comme pour son album précédent lancé en 2024, ce quatrième disque de Guimond s’intitule simplement P’tit Belliveau. Cette sobriété dans le titre permet de mettre en évidence le personnage lui-même, qui a toujours tenu à défendre sa liberté de création et son refus de se cantonner à un style en particulier. De plus, fidèle à son habitude, Guimond porte presque tous les chapeaux sur ce nouveau disque, de la réalisation au mixage en passant par le graphisme. Il joue également de la plupart des instruments, dont la guitare, la mandoline, la flûte, le piano et même la batterie.
Si P’tit Belliveau s’est d’abord fait connaître par son hybride étrange entre le country et la musique électronique lo-fi, on sent un désir sur ce nouvel album de délaisser les sonorités volontairement kitsch de clavier en faveur d’un son « live ». Ce changement d’esthétique est en phase avec le propos, qui aborde des thématiques plus sombres, avec un regard empreint de lucidité sur des enjeux comme la guerre à Gaza, le sort des travailleurs étrangers temporaires ou l’intelligence artificielle.
Le grand talent de Guimond réside justement dans sa capacité à mettre le doigt sur les injustices de notre époque sans tomber dans un ton moralisateur. Il le fait grâce à son humour mais aussi en nappant ses histoires de mélodies accrocheuses et de rythmes entraînants. Dans C’est fine, il dénonce la course pour bâtir des centres de données à tout prix, sur un fond musical à la Soundgarden :
I can’t wait to create shareholder value
This old farm’s been in the family for years
Mow it all done and build a big data centre
Robots won’t remember and they won’t cry no tears
– C’est fine
Dans une entrevue en 2024 au magazine Paroles & musique de la SOCAN lors de la sortie de son troisième album, Guimond disait pourquoi il préfère l’étiquette « pop » afin de décrire son univers musical : « Le monde peut utiliser la pop d’une manière cynique, et dire que c’est juste essayer d’être common denominator et essayer de faire ça dumb pour tout le monde. Mais pour moi, le concept de pop, ce n’est pas essayer d’être accessible, mais c’est ne pas essayer d’être inaccessible ».
Cette définition est encore tout à fait pertinente dans le cadre de ce nouvel album, où se côtoient des pièces de facture traditionnelle qui rappellent ses origines acadiennes (la rigolote Ça goûte à bon, ou sa reprise de la chanson officielle du Congrès mondial acadien de 1999) et d‘autres titres éclectiques qui mélangent les genres (excellente I Don’t Care Anymore, hymne folk aux accents punk-metal). Après un duo avec FouKi sur son disque précédent, Guimond flirte à nouveau avec le hip hop sur Parfait pays, avec kinji00, où il proclame son amour pour la Baie Sainte-Marie.
On ne peut qu’être admiratif devant le chemin parcouru par P’tit Belliveau depuis ses débuts. Associé à tort à la chanson humoristique, l’auteur-compositeur-interprète a dû faire la preuve que son succès allait au-delà de l’effet de curiosité. Avec ce quatrième album encore très réussi, on sent que l’artiste-entrepreneur est en pleine possession de ses moyens. S’il peut parfois donner l’impression de s’égarer (on peut se demander si la version grenouille d’Income Tax était nécessaire), la sincérité de son propos et son authenticité nous donnent le goût de le suivre dans tous ses excès.