Critiques

Plants And Animals

The Jungle

  • Secret City Records
  • 2020
  • 35 minutes
7,5

Le nouvel album de Plants and Animals figurait certainement parmi les sorties que j’attendais le plus cet automne. Après avoir vu le groupe tester son nouveau matériel en spectacle l’an dernier, j’avais hâte de voir comment le tout se transposerait en studio. Annoncé comme leur disque le plus « audacieux » en carrière, The Jungle se démarque en effet de ses prédécesseurs, pour un résultat très réussi.

Comme l’écrivait mon collègue Stéphane Deslauriers dans sa critique de Waltzed in from the Rumbling, le trio fait partie de ceux qui ont « toujours refusé l’immobilité créative ». Le résultat a parfois été inégal, par exemple sur La La Land (2010), mais il faut saluer l’honnêteté de la démarche, dans le contexte où le groupe aurait pu tomber dans la facilité après le succès de son album Parc Avenue en 2008.

L’album peut surprendre l’auditeur à la première écoute. La chanson-titre s’apparente à un jam d’inspiration krautrock, avec des paroles minimalistes et tout l’accent mis sur le rythme et la pulsation soutenue, avec des interjections imitant le son d’animaux de la jungle (et qui fait japper mon chien à tout coup!). Pour avoir vu la formation jouer le morceau sur scène, mettons que c’est diablement efficace.

Premier extrait lancé en juin, House on Fire s’avère dans le même moule, avec ici un penchant new wave. On pense aux Talking Heads, surtout que le chant de Warren Spicer rappelle celui de David Byrne. L’accent est mis sur la ligne de basse, appuyée par le jeu énergique du batteur Matthew Woodley. Le texte a apparemment été inspiré par la crainte de Spicer de voir un de ses amis oublier un de ses ronds de poêle allumés après avoir pris trop de pilules pour dormir, mais je ne peux m’empêcher d’y voir un très joli clin d’œil au classique Burning Down the House.

Arrivant en milieu d’album, Sacrifice est une petite bombe et se révèle sans doute un des meilleurs titres de tout le répertoire de Plants and Animals. Basée sur l’idée de contraste, la chanson alterne entre des couplets très rock, avec une rythmique saccadée, et un refrain planant entonné en cœur. Si une telle forme rappelle les structures un peu labyrinthiques auxquelles le groupe nous a habitués, il me semble que le trio n’a jamais atteint pareil niveau d’intensité dramatique dans le passé.

Un autre moment fort de l’album s’appelle Le Queens, une ballade douce-amère aux accents de Gainsbourg, portée par de belles harmonies entre Spicer et Adèle Trottier-Rivard et la guitare psychédélique de Nicolas Basque. Il s’agit du premier titre majoritairement en français de tout le répertoire du groupe, et le résultat est franchement convaincant. Si l’album flirte un peu trop avec la pop sur In Your Eyes (aucun lien avec la chanson de Peter Gabriel), le tout se termine en beauté avec l’excellente Bold, aux textures très riches et se rapprochant davantage du genre « rock orchestral ».

Le débat se poursuit à savoir si la scène indie montréalaise possède un son qui lui est propre. Mais il y a d’autres façons d’exprimer l’identité d’une ville. Pour moi, Plants and Animals reste un des groupes qui expriment le mieux la spécificité locale, avec son mélange de membres anglophones et francophones. Dans sa couverture de la scène montréalaise, la presse internationale a longtemps eu tendance à séparer les deux communautés, malgré tous les exemples de collaboration.

Encore aujourd’hui, quand j’écoute Parc Avenue et que j’entends Spicer chanter que « Saint-Jean-Baptiste va nous dévorer vivants » ou que le trio doit fermer les fenêtres de son studio pour éviter de capter le son des fans de soccer dans la rue pendant la Coupe du monde, c’est toute la fébrilité de Montréal que j’entends. Au-delà d’un quelconque style musical, c’est l’authenticité qui est à la base de la philosophie indie et peu de gens l’incarnent aussi bien que Plants and Animals.

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