Critiques

Placebo

Never Let Me Go

  • BMG / Rise Records
  • 2022
  • 58 minutes
4,5

Depuis 1994, les Londoniens Brian Molko et Stefan Olsdal nous présentent à peu près la même recette de rock alternatif bien imbibé dans le romantisme exacerbé. Si à l’aube de sa carrière, Placebo pouvait projeter une image provocatrice, cette aura sulfureuse s’est lentement dissoute pour faire place à un assagissement certain. C’est en 1998 que le groupe s’est fait connaître d’un public plus vaste avec l’album Without You I’m Nothing, plus précisément avec le succès Every You and Every Me. Par la suite, Placebo a commis quelques albums potables, mais jamais aussi galvanisant que celui qui est susmentionné.

Désormais un duo, depuis le départ du batteur Steve Forrest en 2008, Placebo récidive après neuf ans d’absence avec Never Let Me Go; une production achevée en janvier 2020, mais pour les raisons que l’on connaît, la formation a lancé l’extrait Beautiful James en septembre 2021 seulement. D’emblée, réglons une chose : Placebo est un groupe aussi adulé que chahuté… et cette nouvelle création ne devrait pas convaincre ceux qui les conspuaient.

Encore une fois, l’éternelle formule basée sur le « loud quiet loud » mise au point par les Pixies est utilisée à outrance. Même si certaines chansons arborent des arrangements électros pouvant donner l’impression qu’une nouvelle direction sonore pointe à l’horizon — Chemtrails et Sad White Reggae, entre autres —, personne ne sera berné à l’écoute de ces deux morceaux. Brian Molko possède un timbre de voix si singulier que rien ne ressemble plus à une chanson de Placebo que Placebo lui-même!

Or, ce qui irrite encore plus que le son d’ensemble de la formation, ce sont les thèmes explorés depuis la nuit des temps par Molko. Encore une fois, cet imminent quinquagénaire nous ressasse les mêmes histoires d’adolescents persécutés et entourés de proches aux prises avec toutes sortes de dépendances. Tout ça manque de véracité. Dans Beautiful James, le parolier verse une fois de plus dans un pathos évoquant le « nous contre eux » si emblématique de l’adolescence :

Bring me back to life
Never let me go
Your troubles and your hard strife
I saw them
Take me by the hand
As we cross through battlefields
Nobody understands
‘Cause there’s nobody at the wheel

– Beautiful James

Quelques pièces font quand même bonne impression. Surrounded By Spies remémore quelque peu l’électro-rock de la formation britannique Archive. Les guitares dans Fix Yourself sonnent spécifiquement comme celles qu’on peut entendre dans le mésestimé Wish de la formation The Cure, disque paru en 1992. L’introductive Forever Chemicals est énergique et puissante. En revanche, Happy Birthday in the Sky symbolise à la perfection tout ce qui est détestable chez Placebo

Hélas, Never Let Me Go est enfermé à double tour dans un passé révolu. Les purs et durs de Placebo sauront probablement mieux apprécier ce long format que l’auteur de ces lignes…

Un groupe en décalage avec ses contemporains.