Critiques

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Phoebe Bridgers

Punisher

  • Dead Oceans Records
  • 2020
  • 41 minutes
8
Le meilleur de lca

Phoebe Bridgers, c’est la voix de la mélancolie, de la vulnérabilité et de la fragilité. Mais c’est aussi une des voix les plus fortes dans le milieu indie folk depuis quelques années. Trois ans après Stranger in the Alps, elle nous arrive enfin avec son deuxième album, Punisher, qui confirme son statut de vedette montante et sa capacité à écrire des chansons à la fois universelles et éminemment personnelles.

Tout juste âgée de 25 ans, le parcours de Bridgers a de quoi impressionner. Depuis la parution de son premier disque, elle s’est attiré les critiques les plus élogieuses, non seulement pour son travail en solo, mais aussi pour sa participation au sein du groupe boygenius (avec Lucy Dacus et Julien Baker) et son projet avec Conor Oberst, Better Oblivion Community Center. Sans jamais verser dans le pathos, ses textes expriment avec beaucoup d’acuité les angoisses de sa génération, le tout avec une voix frêle et vibrante d’authenticité. Elle est aussi très active sur les réseaux sociaux et n’hésite pas à prendre position sur des enjeux de société. Elle a récemment réclamé l’abolition de la police, à la suite du meurtre de George Floyd aux États-Unis.

Punisher s’avère une œuvre aux multiples facettes qui témoigne d’une plus grande maturité par rapport à Stranger in the Alps, malgré le côté cliché d’une telle formule. Le ton demeure très intimiste et personnel, mais Bridgers semble avoir trouvé le bon équilibre entre une poésie de confidence et une autre plus universelle, dans laquelle on reconnaît nos propres regrets et nos propres contradictions. Ainsi, sur l’excellente Garden Song, elle aborde l’omniprésence des nouvelles technologies dans nos vies et cette peur un peu inconsciente de se réveiller plusieurs années plus tard en ayant l’impression d’être passé à côté de quelque chose :

« And when I grow up

I’m gonna look up from my phone and see my life

And it’s gonna be just like

My recurring dream

I’m at the movies

I don’t remember what I’m seeing ».

– Garden Song

Bridgers continue également d’explorer ses thèmes de prédilection. Ses textes sont peuplés de fantômes, de squelettes et de cadavres. On pourrait l’accuser de se répéter, mais l’imagerie est si forte qu’on ne saurait imaginer sa musique sans ces références un peu glauques. Un texte comme Halloween, par exemple, dans laquelle elle parle de son habitude à déménager près d’un hôpital, n’aurait pas pu être écrit par quelqu’un d’autre :

« I hate living by the hospital

The sirens go all night

I used to joke that if they wake you up

Somebody better be dying

Sick of the questions I keep asking you

They make you live in the past

But I can count on you to tell me the truth

When you’ve been drinking and you’re wearing a mask ».

– Halloween

Musicalement, Punisher explore aussi de nouveaux territoires par rapport à Stranger in the Alps. Bien sûr, les ballades dominent encore, mais les quelques titres plus rock (l’entraînante Kyoto, ou encore l’excellente I See You, avec sa rythmique oppressante) permettent à Bridgers d’explorer divers pans de sa personnalité musicale. Graceland Too est une magnifique complainte country, avec en prime les harmonies vocales de Julien Baker et Lucy Dacus. L’album se termine avec la puissante I Know the End, dont les orchestrations (écoutez cette trompette!) et les chœurs grandioses évoquent des comparaisons avec le classique Chicago de Sufjan Stevens.

Phoebe Bridgers signe avec Punisher un album riche qui se laisse apprivoiser au fil des écoutes, selon que notre attention se porte sur les textes ou sur les musiques. Oui, c’est un disque généralement sombre, qui parle d’ennui et de solitude, mais qui le fait d’une manière qui n’est pas misérabiliste. C’est également un album de résilience et d’espoir qui me semble convenir parfaitement à notre époque…

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