Critiques

Philémon Cimon

Pays

  • Indépendant
  • 2019
  • 43 minutes
8
Le meilleur de lca

Philémon Cimon s’est fait connaître par son côté romantique. Que ce soit sur Les sessions cubaines (2011), L’été (2014) ou Les femmes comme des montagnes (2015), les chansons parlaient en grande partie d’amours déçues et de femmes qui lui ont brisé le cœur. Après un EP paru en 2016, Philémon annonce un nouvel album et… la rupture avec Bonsound, parce que l’équipe n’aimait pas son nouveau matériel. Il a alors décidé de lancer Pays de façon indépendante. Pays s’éloigne de ses sujets de prédilection et du son qu’il avait imposé sur ses précédentes parutions. Il va à l’intérieur de lui-même en explorant d’autres aspects de sa personnalité. Des relations interpersonnelles, il est passé à l’évocation d’une relation identitaire avec son territoire.

Je cherche un pays à nommer

Je veux me nommer

Les pommiers envahis

Ce « pays à nommer » , c’est Charlevoix, où Philémon Bergeron-Langlois – son nom civil – a des racines familiales : sa grand-mère y avait une maison dans laquelle il a passé une bonne partie de sa jeunesse. L’album est enregistré en bonne partie dans la région d’ailleurs. Le côté familial est très présent sur ce disque. Sa grand-mère Lucile Cimon récite Les Éboulements, chanson datant de 1920. Les récits de vie de celle-ci ont inspiré Le chien le coq le cheval et Le château. La chanson de Saint-Joseph-de-la-Rive a été écrite par Louis Bergeron, l’oncle de Philémon. Ses frères et sœurs y jouent aussi des instruments.

Pays retourne à l’orchestration simple des Sessions cubaines : beaucoup de guitares, de piano et de voix avec d’autres instruments plus discrets. L’enregistrement est à quatre pistes, presque en une seule prise. Le son a quelques frétillements, mais sans exagération. Ça crée une ambiance très intimiste où on a l’impression que Nicolas Basque (guitares et autoharpe), Adèle Trottier et Josianne Boivin (choeurs) accompagnent Philémon Cimon de tout proche et jouent doucement à l’oreille de l’auditeur.

Entre monts et marées

Sortir de l’enfance

Charlevoix ventre infini

La majorité des textes parlent d’autre chose que l’amour. Tantôt « ventre infini », tantôt « terre écroulée », la région de Charlevoix est omniprésente sur cet album. La majesté du fleuve, les beautés des pommiers, l’air qui commence à être salin à cette hauteur… L’attachement à ce territoire et à son histoire est manifeste dans Pays. Toutefois, cette évocation de l’histoire n’est pas faite de manière poussiéreuse: on sent juste un amour réel et la redécouverte de zones inexplorées chez Philémon Cimon. Ses anciens thèmes n’ont pas complètement disparu. Latte chumey parle d’une relation décevante, mais avec une musique entraînante et un ton rempli d’humour, loin du côté plus suppliant d’autres chansons de son répertoire.

Pays casse donc avec l’image de Philémon Cimon. Il sera intéressant de voir si cette parution est une exception dans sa discographie ou si elle sera un tremplin vers différentes avenues. On ne peut que se le souhaiter, tant ce voyage vers ce pays à nommer fut agréable.

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