Critiques

Nothing

The Great Dismal

  • Relapse Records
  • 2020
  • 46 minutes
7,5

Un des groupes ayant le plus contribué au renouveau shoegaze depuis une décennie, Nothing, en est déjà à un quatrième album en carrière. Jusqu’ici, la bande originaire de Philadelphie a su maintenir un bel équilibre entre les inévitables clins d’œil aux maîtres du genre et un son néanmoins affranchi de ses influences. Ça se poursuit sur The Great Dismal, qui propose un shoegaze plus pesant, plus dense.

En ce qui me concerne, Nothing a atteint un sommet en 2016 avec le disque Tired of Tomorrow, que le collègue Charles Laplante avait habilement décrit comme un album « irréprochable mélodiquement » et duquel se dégageait une « tristesse magnifique ». J’avais beaucoup aimé aussi Dance on the Blacktop (2018), qui poursuivait dans la même veine, mais avec un son volontairement plus brut, moins lisse, qui perdait un peu en vulnérabilité. The Great Dismal ne change rien à la recette de base sur le plan de l’écriture et du regard sombre que le groupe jette sur le monde qui l’entoure, mais il se démarque par ses textures denses et ses guitares érigées en un mur de son, davantage dans la tradition de My Bloody Valentine que Slowdive.

Évidemment, le chanteur-guitariste Domenic Palermo demeure le cœur et l’âme du groupe, qui a connu de nombreux changements de personnel depuis ses débuts. Par rapport à l’équipe qui jouait sur Dance on the Blacktop, le guitariste Brandon Setta est parti pour céder sa place à Doyle Martin. Au chapitre de la production, Nothing renoue avec Will Yip, qui avait aussi réalisé Tired of Tomorrow et qui tire encore le meilleur du groupe, mais avec un son plus direct, surtout la batterie.

L’album s’ouvre en douceur avec la délicate A Fabricated Life, une ballade poignante à la frontière entre shoegaze et dream pop, et qui bénéficie de l’apport de la harpiste Mary Lattimore, qu’on peine toutefois à entendre sous les couches instrumentales. Le disque gagne en lourdeur dès le deuxième titre, Say Less, qui joue sur les contrastes entre une rythmique appuyée et la voix évanescente de Palermo. L’influence de My Bloody Valentine est particulièrement évidente sur April Ha Ha, non seulement parce que les textures de guitares rappellent le travail de Kevin Shields, mais aussi parce que l’intro de batterie renvoie à Only Shallow, du classique Loveless.

Pour une très rare fois dans sa carrière, Nothing tombe dans la banalité avec la fade Catch a Fade, un peu trop générique dans son évocation aseptisée du rock alternatif des années 90. Même la voix de Palermo manque ici de mordant. Heureusement, la formation enchaîne avec les très réussies Famine Asylum et Bernie Sanders, qui fait penser à un habile mélange entre Ride et Spiritualized, sur un texte qui semble n’avoir que très peu à voir avec le sénateur démocrate du Vermont :

« Convalescence in Beat Cafe

Shibuya meltdown

Kato, come save the day, day ».

– Bernie Sanders

Ma préférée est sans doute In Blueberry Memories, dont la mélodie prend aux tripes, et qui culmine en un irrésistible crescendo. Le dernier tiers de l’album frappe un peu moins fort : Blue Mecca est une jolie ballade cosmique aux accents post-rock, tandis que Just a Story emprunte aux codes du grunge. Le tout s’achève avec Ask the Rust, qui nous ramène au son classique du groupe pour fermer les livres.

On ne s’attend pas de Nothing à ce qu’il se réinvente à chaque disque. Le groupe a développé un son bien à lui, qu’il tente de raffiner. The Great Dismal n’est pas leur meilleur album, mais il ajoute une couleur à leur palette en offrant un son plus lourd. Une chose est sûre, lorsqu’on réécrira l’histoire du shoegaze dans quelques années, il nous faudra absolument tenir compte de la contribution du groupe.

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