Critiques

Nivhek

After its own death / Walking in spiral towards the house

  • Yellow Electric
  • 2019
  • 60 minutes
8
Le meilleur de lca

Dans le cadre de son projet nommé Grouper, l’artiste Liz Harris privilégie toujours les sonorités abstraites (drones, bruit blanc, etc.), malgré l’utilisation d’instruments dits « organiques ». Certains spécialistes n’hésitent pas à classer sa musique dans une sorte de folk atmosphérique. Une chose est sûre, les albums de Harris sont souvent sombres et émouvants, toujours présentés dans un enrobage aérien pleinement assumé. En plus d’être une musicienne douée, elle est aussi une artiste visuelle respectée par ses pairs; une créatrice dans l’âme.

Sous le nom de Grouper, elle nous a proposé quelques bons albums au cours des dernières années : The Man Who Died in His Boat (2013), Ruins (2014) et le fort réussi Grid of Points (2018), pour ne nommer que ceux-là. En pleine grisaille hivernale de février, Harris était de retour – sous le nom de Nivhek – avec un nouvel album intitulé After its own death / Walking in spiral towards the house. Ce projet parallèle a été enregistré en partie dans les Açores, mais majoritairement à Mourmansk, en Russie septentrionale, à l’occasion d’une résidence où Harris était invitée.

Résolument ancré dans la musique ambiante et expérimentale, cette création aurait pu verser dans une imbuvable prétention, mais au contraire, ce disque est tout simplement magnifique. Harris délaisse donc momentanément son folk immatériel, pour s’engouffrer dans une musique céleste, quasi spirituelle/religieuse. Un disque qui inspire la rêverie plutôt que la peur.

La première partie de l’album, intitulée After its own death, est divisée en deux actes et s’ouvre sur une superposition vocale presque monastique. Par moments, des cassures sonores surviennent et on pense rapidement à l’œuvre de Tim Hecker, mais en moins volcanique.

Dans la deuxième partie (Walking in spiral towards the house), Harris est accompagné par Michael Morley (The Dead C). Parfois, on peut y déceler en fond sonore une guitare spleenétique, un peu de « field recording » et quelques dialogues à peine perceptibles. D’une durée de 21 minutes, l’auditeur sera plongé dans une pièce qui ne peut qu’être une référence au trépas; ce dernier moment où l’âme s’élève… ou pas. Paradoxalement, ce segment nous semble plus lumineux. L’utilisation subtile d’un mellotron confère à cette partie une aura plus éclatante.

Mais ce qui fait la force de ce disque, c’est la cohérence des deux pièces proposées. L’intention artistique est claire. Le voyage intemporel est totalement réussi. Harris réussit à se réinventer sans se dénaturer… et honnêtement, cette production sera assurément l’album « ambiant » de l’année.

Un disque à écouter en mode recueillement ou tout simplement pour avoir la sainte paix…

 

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