Critiques

Murray A. Lightburn

Hear Me Out

  • Dangerbirds Records
  • 2019
  • 36 minutes
7,5

Il y a toujours eu un romantisme assumé dans la musique du groupe montréalais The Dears, avec sa fièvre lyrique et son expression de sentiments exacerbés associés à la définition classique du mot héritée du 19e siècle. Sur son deuxième disque solo Hear Me Out, le chanteur de la formation, Murray A. Lightburn, se tourne toutefois vers un romantisme un peu fleur bleue, virage qui lui va étonnamment bien.

Compte tenu de l’histoire mouvementée des Dears (il suffit de consulter la très longue liste d’anciens membres du groupe pour s’en convaincre), il est presque étonnant que Lightburn n’ait pas davantage mis d’énergie sur sa carrière solo. En 2013, il lançait un premier disque sous son propre nom, Mass : Light, qui se distinguait par son côté progressif et son utilisation de synthétiseurs et de machines à rythmes.

Hear Me Out est un disque beaucoup plus personnel dans le ton. S’il ne s’agit pas nécessairement d’une œuvre autobiographique, on y reconnaît plusieurs thèmes qui semblent se rapporter à Lightburn lui-même : la paternité, les relations à long terme, la célébrité, la solitude. Musicalement, l’album témoigne d’une instrumentation beaucoup plus classique que Mass : Light et emprunte à la grande tradition des crooners. On y ressent aussi une très vive influence des grands noms de la pop afro-américaine et du son Motown, tels que Marvin Gaye et The Supremes.

Hear Me Out est dominé par les ballades qui servent avant tout à mettre en valeur la voix de Lightburn et ses talents d’auteur-compositeur. La chanson-titre est un bel exemple de cette approche, avec une rythmique lente et cette vulnérabilité dans le chant, le tout sur de délicats arpèges de guitare. L’entraînante Belleville Blues prend quant à elle des airs de complainte country-folk, sur laquelle Lightburn reconnaît ses torts : « There’s something so sad about my woefully stupid mistakes ».

Parmi les beaux moments on note aussi Changed My Ways, qui aborde également le thème de la rédemption, mais dans un esprit de résilience, avec cette confiance qu’on peut devenir une meilleure personne si on y met les efforts nécessaires. Lightburn a expliqué qu’il voulait « que cette chanson soit douce et fragile, mais forte en même temps ». L’ajout d’une flûte contribue à cette impression de vulnérabilité, sans qu’on tombe dans quelque chose de larmoyant. L’album atteint toutefois un sommet sur la dramatique To the Top, la seule chanson plus rock qui s’apparente un peu à l’univers des Dears, et qui semble habitée par un véritable sentiment d’urgence.

Si Lightburn avait conçu le précédent Mass : Light pratiquement tout seul, il s’est entouré cette fois-ci de collaborateurs chevronnés, dont Howard Bilerman (Arcade Fire, le studio Hotel2Tango) à la réalisation ou encore Rémi-Jean Leblanc à la basse. Bien honnêtement, toutes les pièces auraient pu être enregistrées avec seulement une guitare et une voix, mais la présence d’une pléiade de musiciens permet à Hear Me Out d’être enveloppé de cette aura un peu rétro, « un son classique, sans paraître copié sur le passé », comme Lightburn l’a expliqué en entrevue au Devoir.

Il y a eu beaucoup de hauts et de bas dans la carrière des Dears depuis le début des années 2000. Les récents Times Infinity Volume One (2015) et Times Infinity Volume Two (2017) ne sont pas de mauvais albums, mais ils ne témoignaient pas du même niveau d’inspiration que l’indémodable No Cities Left, paru en 2003, avant même que Funeral d’Arcade Fire ne mette la scène montréalaise sur la carte. Avec Hear Me Out, Lightburn livre un album de maturité et de lucidité. Une œuvre sobre, sans rien de spectaculaire, mais qui gagne en richesse à chaque nouvelle écoute.

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