Critiques

Julie Doiron + Mount Eerie

Lost Wisdom pt. 2

  • P.W. Elverum & Sun
  • 2019
  • 31 minutes
7

Phil Elverum est un musicien et chanteur extrêmement prolifique, compulsivement créatif, et ce débit a à peine été ralenti par les bouleversements qu’il a vécus depuis cinq courtes années (la naissance d’un enfant, le décès de sa conjointe, un mariage avec une nouvelle flamme, puis un divorce). La franchise avec laquelle il compose sa musique rend cette dernière habitée par toutes les blessures et les déroutes qui ont accompagné ces expériences. 

Après des albums aussi bouleversants qu’A Crow Looked at Me et Now Only, je ne pense pas qu’il soit malvenu de percevoir une scission dans la carrière d’Elverum : il y a la partie avant le décès de Geneviève Castrée, puis la partie après. On en est donc au troisième album de cette nouvelle phase, et le premier à ne pas être exclusivement au sujet du décès et de l’absence de Geneviève. On comprendrait facilement Elverum de ne plus particulièrement vouloir porter ce fardeau — son court mariage en 2018 pourrait même être perçu comme une manifestation de ce désir de fuite — mais il ne peut pas non plus simplement passer à autre chose, comme si de rien n’était.

Arrive ce mois-ci Lost Wisdom pt. 2, un court album enregistré en collaboration avec Julie Doiron, musicienne et chanteuse du Nouveau-Brunswick dont la réputation indie rock n’est plus à faire. Le duo s’était déjà associé en 2008 le temps d’un court album enregistré en vitesse intitulé Lost Wisdom, et la même méthode a été utilisée ici, d’où le titre. Le processus de collaboration réinsère un peu de normalité dans la musique d’Elverum, une normalité qui fait contrepoids aux textes toujours aussi meurtris et à fleur de peau. 

Elverum aborde les sujets de l’aliénation émotive, du veuvage, de la paternité vécue seul, et des lacunes dans son rôle de père et dans son organisation et son hygiène de vie en général, des terrains pas tout à fait surprenants étant donné le parcours. Il y a par contre de vagues impressions d’espoir ici et là, notamment dans la pièce Love Without Possession, dans laquelle Elverum imagine la nouvelle forme que pourrait prendre l’amour dans sa vie, sans avoir besoin d’être en couple. On y entend un homme brisé qui ramasse les morceaux de sa vie et qui arrive parfois à voir de la beauté dans leurs formes.

C’est surtout du point de vue musical que Mount Eerie reprend des plumes avec cet album. La présence de Doiron donne lieu à des échanges et à des harmonies généralement réussis, et on entend une plus grande diversité dans les instruments, notamment des passages rock avec batterie et distorsion. Ce n’est pas encore un retour au foisonnement d’idées des quelques albums de Mount Eerie entre 2012 et 2015, une période particulièrement riche de sa discographie, mais le changement est clair et apprécié.

Les circonstances de l’enregistrement de Lost Wisdom pt.2 ne sont pas tout à fait claires, mais Elverum et Doiron semblent vouloir profiter du moment et présenter ce matériel pendant qu’il est encore frais. Le duo a interprété la plupart de ces chansons lors d’un programme double au mois de septembre à Montréal dans une salle saugrenue, et remettra ça lors d’une tournée nord-américaine en décembre et en janvier (tournée qui passera par Montréal, pour les locaux intéressés). 

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