Critiques

Milanku

Monument du non-être & Mouvement du non-vivant

  • Indépendant
  • 2018
  • 38 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Milanku a déjà su se forger une réputation fort enviable sur la scène post-hardcore mondiale. Depuis cinq ans, le groupe a entre autres effectué des tournées au Japon et en Europe. Avec l’excellent Monument du non-être & Mouvement du non-vivant, lancé récemment et qui s’avère aussi sombre que puissant, il est maintenant grand temps que les Montréalais fassent aussi le plein d’adeptes au Québec.

Si on exclut un premier démo de cinq titres sorti en 2007, Monument du non-être & Mouvement du non-vivant constitue déjà un quatrième album complet pour Milanku. Mais il s’agit sans aucun doute de leur disque le plus abouti. Si la formation s’est toujours distinguée par son côté à la fois épique et brutal, avec sa façon de mélanger les fresques monumentales du post-rock à la voix enragée du hardcore, elle prend ici le pari d’une musique résolument plus atmosphérique. Devenu un quintette, le groupe peut maintenant miser sur trois guitaristes (Carl Ruest, Jean-François Bourbonnais, François Lemieux), ce qui lui permet de construire des couches sonores encore plus élaborées, où l’accent est mis sur la lenteur plutôt que sur le volume.

Le premier titre, Le dogme du simulacre, est typique de cette approche. À plus de onze minutes, la pièce prend forme tranquillement, d’abord avec des notes discrètes de guitare auxquelles s’ajoute une pulsation lourde et inquiétante. On pense à des pionniers du post-rock comme Godspeed You! Black Emperor, mais sans que l’on perde de vue l’identité propre de Milanku. Il y a certes un côté minimaliste à tout ça, avec un éloge de la répétition, mais on sent aussi le groupe habité par un sentiment d’urgence. Les riffs se développent somme toute assez rapidement, jusqu’à ce que se produise l’explosion, avec l’arrivée de la voix du bassiste Guillaume Chamberland. Le chant guttural et le mixage surtout porté sur la puissance du son empêchent de bien discerner les paroles, mais là n’est pas l’objectif. De toute façon, les passages chantés sont rares sur l’ensemble du disque et Milanku traite la voix comme un autre instrument, à la façon d’un groupe comme Deafheaven, notamment.

Venant d’un groupe dont le nom fait ouvertement référence à l’auteur tchèque Milan Kundera, il ne faut pas s’étonner de voir Milanku intellectualiser encore davantage son approche. Ça se voit dans les titres des chansons, mais aussi dans les références intertextuelles. Le mouvement du non-vivant, par exemple, contient un extrait sonore de l’essai La Société du spectacle, de l’auteur français Guy Debord. Paru en 1967, le livre a eu un impact considérable sur les événements de mai 68, avec sa critique de la société de consommation et son parti pris ouvertement marxiste. Dans le contexte de la musique de Milanku, on peut certes y voir un rapprochement avec la démarche du groupe, qui privilégie les atmosphères enveloppantes au hardcore tape-à-l’œil et qui préfère cultiver la patience au détriment d’une puissance à tout prix.

Bien sûr, il y a un côté forcément homogène à la musique de Milanku, étant donné que les pièces sont d’abord construites sur le principe de la répétition et des longs crescendos. Mais le groupe évite le piège de la redondance de façon subtile, que ce soit par l’ajout d’un orgue sur Fragments de néant, ou en faisant le pari d’une rythmique plus rapide sur Le visage du tourment, seul titre qui ne dépasse pas les quatre minutes et qui offre un beau contrepoint dans cet univers inquiétant et sombre, grâce ici au jeu dynamique du batteur Guillaume Boudreau-Monty.

En cette année 2018 où le rock francophone nous a donné de grands crus, Milanku est malheureusement demeuré dans l’ombre, en partie en raison du genre musical dans lequel il évolue. Mais aux yeux de l’auteur de ces lignes, ce Monument du non-être & Mouvement du non-vivant mérite aussi sa place parmi eux.

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