Critiques

Mastodon

Hushed and Grim

  • Reprise Records
  • 2021
  • 86 minutes
6

Ce sera fort probablement difficile à croire suite à la lecture de cette critique, mais Mastodon a déjà été le centre de mon univers de mélomane. À un point tel que je collectionnais maladivement tout ce qui entourait le groupe. À titre d’exemple, j’ai allongé une somme qui correspond encore aujourd’hui à mon record personnel de dépense pour de la musique afin de mettre la main sur une édition hyperlimitée du coffret de tous leurs albums parus chez Relapse, discographie qui, encore aujourd’hui, demeure absolument intouchable. Un peu plus tard, Crack the Skye est sorti. C’était un album beaucoup plus progressif que les précédents, mais j’y reconnaissais encore mon groupe préféré malgré les moments chantés par le batteur Brann Dailor, qui se faisait aller le gosier pour la toute première fois.

Ensuite, The Hunter est arrivé et a surpris les fans en incarnant exactement le contraire de son prédécesseur, c’est-à-dire un album de chansons très accrocheuses franchissant rarement la barre du 3 minutes et demi. Ce virage rock assez mince au niveau de la substance aurait pu être pardonnable, mais il allait quand même laisser sa trace sur les deux albums suivants (Once More Round the Sun et Emperor of Sand), qui demeurent tout de même plus intéressants en raison d’un retour bien dosé de la complexité au sein de la musique du quatuor. Donc, depuis The Hunter, les gars font des albums de rock alternatif desquels ont peut certainement tirer quelques bonnes chansons pour s’en sortir avec des résultats supérieurs à la note de passage auprès des critiques. Et avant que tu me le demandes : oui, je suis capable d’apprécier leurs tubes bonbon à la Show Yourself.

Mais bon.

Comme son nom l’indique, il n’y a pas beaucoup de fun à se faire avec Hushed and Grim. L’album traite principalement du deuil que Brent, Brann, Bill et Troy, ont dû gérer suite au décès de leur gérant Nick John. C’est donc un disque qui a l’immense tâche de gérer des émotions complexes. Même si la mort est le catalyseur principal d’autres albums du groupe, c’est la première fois que le sujet est abordé sans aucune trace d’humour. Sur un album de 15 chansons qui descendent rarement sous les cinq minutes, Mastodon devient donc le band emo le plus pesant de la planète. Bien sûr, la chimie entre les musiciens est toujours bien palpable et ils sont techniquement irréprochables, comme toujours. Reste qu’il y a beaucoup de remplissage, souvent même à l’intérieur d’une même chanson. À titre d’exemple, Sickle and Peace aurait facilement pu durer deux minutes de moins et The Beast aurait pu bénéficier de sérieuses coupures dans son intro et son outro de type Breen Leboeuf au bistro à Jojo. Pas besoin de vous faire un dessin pour vous faire comprendre que c’est long, bref. La production très léchée de David Bottrill n’ajoute aucun relief à l’expérience homogène que constitue l’écoute de l’album.

Globalement, c’est très aride et c’est plutôt difficile de se taper l’album d’une traite. Cela dit, quelques pièces sauvent l’ensemble du naufrage : la voix de Troy (mon chanteur préféré des trois) atteint des sommets mélodiques dans The Crux. Le premier extrait Pushing the Tides a une intro qui rappelle presque Dillinger Escape Plan et la voix de Brann y est plus facile à apprécier. La finale de Gigantium rappelle le Torche de l’époque Meanderthal et tout au long de l’album, les prouesses techniques ne manqueront pas de séduire les fans les plus assidus, qui applaudiront le retour de la complexité dans la musique de leur band préféré. La batterie de Brann est hyperactive comme à la belle époque de Leviathan et plusieurs riffs de Bill et Brent sont bien féroces.

Reste que c’est tellement chargé que ça tombe à plat la plupart du temps, que les progressions sont souvent forcées, qu’on a souvent l’impression d’écouter la même pièce (particulièrement dans la 2e partie), que Teardrinker ressemble beaucoup trop à du Ghost et que pour la première fois depuis Remission, il faut se passer de la classique collaboration avec Scott Kelly (Neurosis).

Malgré tout, l’œuvre est tellement dense qu’il est difficile de se faire une tête en quelques écoutes. Surtout que chacune d’elles prend une heure et demie de ton temps. Traitez moi de hipster tant que vous voulez, je demeure plutôt indifférent face à l’expérience et j’affirme haut et fort que s’il ne s’agit pas de l’album le plus heavy de Mastodon, Hushed and Grim est certainement le plus lourd de la formation.