Critiques

Lump

LUMP

Animal

  • Chrysalis
  • 2021
  • 44 minutes
8
Le meilleur de lca

Une certaine nuit de juin 2006, lors d’un concert de Neil Young semble-t-il, Laura Marling a rencontré Mike Lindsay (Tuung). La connexion humaine fut tellement intense que Lindsay a partagé rapidement avec l’autrice-compositrice anglaise des fichiers audio sur lesquels il besognait depuis quelque temps. Marling fut séduite dès les premières écoutes. Ainsi est né LUMP : un objet spécifique à part entière qui ne vit que par les filtres imaginatifs de ses deux géniteurs.

Le tandem a lancé un premier long format aux allures « art-folk » qui reçut un accueil favorable de la part de la critique et du public. L’album éponyme, un brin étrange, mais lumineux, nous a permis de découvrir l’efficacité chansonnière de Lindsay tout en appréciant l’adaptabilité vocale de Marling. Lindsay compose l’ensemble des musiques et écrit les arrangements. Marling s’occupe des textes — ce qu’elle fait très bien par ailleurs — et des mélodies.

Animal est le deuxième chapitre de ce projet collaboratif. Marling déclarait ceci au sujet de ce nouvel effort : « Il y a un peu d’hédonisme sur Animal, des désirs qui s’expriment autrement. Et cela a aussi nourri l’idée que nous avions établi dès le début de la création de LUMP : ce projet est une sorte de représentation musicale de nos instincts respectifs ».

La conception de ce nouvel album fut un exercice plus délicat à accomplir. Lindsay a déménagé dans une ville côtière, car il aspirait à composer de nouvelles musiques inspirées par les bruits de la mer. Simultanément, Marling oeuvrait à la gestation de Song For Our Daughter, tout en s’immergeant de temps à autre dans l’univers de LUMP. Ces plongées intermittentes lui ont fait réaliser tous les bienfaits que lui procure la musique de Lindsay. À un point tel qu’elle s’est mise à réfléchir à la mise au rencart temporaire du « personnage » de Laura Marling. Une histoire à suivre.

À peu de choses près, la formule demeure donc intacte. Marling prête sa voix aux musiques de Lindsay et, à la toute fin du long format, elle déclame, d’une voix immergée dans de multiples effets, tous les noms des instrumentistes qui ont participé à la production de ce disque. Il y a quand même quelques différences notables. Si le folk synthétique constituait l’identité sonore sur laquelle s’articulait la première offrande, Animal voit le duo dévier vers une pop synthétique complexe et mélancolique.  

De prime abord, les pièces ont été élaborées dans une mesure asymétrique en sept temps (7/4), rendant difficile pour Marling l’ajout des textes et des mélodies. En cours de route, Lindsay a dû s’ajuster afin de faciliter la tâche à sa complice. Cette subtile complexité, conjuguée à une atmosphère empreinte d’une saine mélancolie, fait d’Animal une autre réussite à ajouter au compteur du duo.

Quelques pièces valent le détour en commençant par la chanson-titre; une pièce pulsative et minimaliste qui ferait très bien l’affaire en tant que chanson conclusive d’une soirée dansante bien arrosée. Le tandem nous propose deux émouvantes ballades pianistiques : Red Snakes et Oberon. Gamma Ray sonne comme une sorte de post-punk domestiqué. Hair on the Pillow est un intermède instrumental méditatif réussi. We Cannot Resist est un bijou de chanson indie pop; coup de chapeau à la mélodie de Marling.

On se souhaite quelques créations additionnelles de la part de LUMP. La fluidité collaborative, l’étrangeté modérée de la proposition et la performance sentie de Marling font de cette deuxième offrande l’un des meilleurs albums de pop contemplative de l’année en cours.