Critiques

Luge

Luge

  • 826321 Records DK
  • 2020
  • 26 minutes
7

Éclectique, hyperactif, inclassable, étrange… Ce sont là quelques-uns des qualificatifs pouvant servir à décrire la musique du groupe torontois Luge, qui vient de lancer son troisième album. Si cette liste a l’air d’une enfilade de mauvais clichés, c’est parce que la musique du quatuor est effectivement très difficile à décrire, oscillant entre musique d’avant-garde, math rock, prog, noise rock, punk et funk!

Composé de la chanteuse et claviériste Kaiva Gotham, du guitariste Tobias Hart, du bassiste Cam Fraser et du batteur Stu Mein, Luge s’est d’abord fait remarquer en 2015 avec la sortie du EP Sex Cop, suivi deux ans plus tard d’Actual Rock ’n’ Roll. Avec son style plutôt hermétique, la formation n’a évidemment pas joui d’une grande visibilité, si bien qu’on a un peu l’impression de les « découvrir » pour la première fois avec cette toute nouvelle offrande qui, incidemment, porte simplement le nom de Luge, comme si le groupe souhaitait en effet refaire connaissance.

La musique de Luge est plus facile à décrire en établissant des comparaisons avec d’autres groupes qui se sont toujours amusés à brouiller les frontières entre les genres. On pense entre autres au duo new-yorkais Buke and Gase, ou même à FET.NAT pour le côté funk déjanté. Mais j’ai également en tête des formations comme Mr. Bungle ou Sleepytime Gorilla Museum pour le côté tirant sur le punk ou le metal, et surtout pour l’esprit de liberté totale qui se dégage de leurs compositions.

Par rapport à Actual Rock ’n’ Roll et surtout Sex Cop, ce troisième album de Luge se démarque par son approche un peu moins saccadée dans les motifs rythmiques, ce qui se traduit par des pièces plus entraînantes, avec l’accent mis sur le beat. J’ai presque envie d’écrire que c’est dansant, même si les changements parfois abrupts de tempo demandent un niveau élevé de synchronisme sur le plan corporel.

À elle seule, la première chanson Skin So Green incorpore à peu près tous les traits qui font la particularité du son de Luge : les rythmiques nerveuses mais précises, les changements de métrique à toutes les quatre mesures ou presque, un interlude plus pesant qui ralentit le tempo à mi-parcours, et la voix de baryton de Gotham qui s’élève malgré tout au-dessus de la mêlée. Techniquement, c’est toutefois l’échevelée Chering qui remporte la palme de la pièce la plus difficile à suivre, avec ses multiples cassures de tempo qui mènent à un pont d’allure presque grunge, où Gotham hurle deux vers incompréhensibles en letton, la langue de ses ancêtres.

Il se passe tellement de choses dans la musique de Luge qu’on peine parfois à savoir où les pièces commencent et se terminent, et à les différencier entre elles. Bien sûr, ça fait partie de leur charme, même si les meilleurs morceaux restent ceux qui possèdent un son bien à eux. L’excellente Up & Up (& Up) ressort particulièrement du lot avec ses sonorités de claviers vintage qu’on croirait sorties d’un vieux jeu vidéo des années 80 (incidemment, le vidéo de la chanson emprunte le style d’un jeu de combat), tandis que Triangle Lifestyle possède un refrain addictif qui expose avec ironie les côtés moins romantiques de l’engagement à long terme :

« Now that we are serious

And building up trust

I will need your signature

To insure our stuff ».

Triangle Lifestyle

Évidemment, il y a des moments où on se dit que trop, c’est comme pas assez, mais il est difficile de rester insensible face à une telle folie créatrice (et on en a bien besoin ces temps-ci). Avant-prog, noise funk, math punk, tous les qualificatifs semblent bons pour décrire la musique de Luge, et c’est tant mieux comme ça.

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