Critiques

Les Trois Accords

Présence d’esprit

  • La Tribu
  • 2022
  • 34 minutes
7,5

Il y a 25 ans, cinq amis se rassemblaient pour faire de la musique. Ils se donnaient le nom plutôt comique des Trois Accords. Depuis, la formation a changé, les mélodies sont devenues plus pop, mais les textes sont toujours restés aussi absurdes, teintés de ce son qu’on peut qualifier de « Trois Accords-esque ». Quatre ans après Beaucoup de plaisir, Les Trois Accords dévoilent Présence d’esprit. Ce dernier est réalisé une fois de plus par Gus van Go, le fidèle collaborateur du groupe. Rendu au septième album, il est possible de se demander : est-ce que la source se tarit du côté de l’imagination de Simon Proulx (chant, paroles, guitare)? La réponse? Pas du tout.

Les thèmes des chansons sont tous plus surprenants et incongrus les uns que les autres : une relation amoureuse avec un costume de bain qu’on ne veut plus enlever (Costume de bain), l’acceptation de notre apparence sans tous les artifices dont on peut se farder (Le matin), un mauvais coup entre amis qui tourne mal (Vol à l’étalage) ou encore une rencontre du troisième type (Visite nocturne). Avec Internet, une pièce qui n’a aucun rapport avec la pandémie (Journal de Montréal), Simon Proulx s’amuse à expliquer le concept 25 ans plus tard. Pour le morceau Ouija, le chanteur revient sur une partie jouée entre amis où ils ont pu discuter avec une morte. Lorsque cette dernière leur apprend les circonstances entourant son décès, musicalement tout s’arrête, sauf la basse. Puis, les trois coups frappés sur la batterie semblent vouloir imager les amis qui se regardent, un peu inquiets.

Dans une pièce comme Vol à l’étalage, on retrouve des sonorités pop, assez joyeuse, similaires à celle qu’on pouvait entendre sur le dernier album, Beaucoup de plaisir. La pièce Vedette pop, quant à elle, semble proposer un commentaire sur les conditions de vie des vedettes qui n’est pas sans rappeler toute la saga autour de Britney Spears et sa tutelle. La montée en intensité vocale lorsque le personnage de la chanson se transforme en animal, avant qu’on lui rappelle que c’est une vedette pop, semble aller dans cette direction.

Il lui reprend des envies de changer de tempo
Il se bouche les oreilles
Et puis plus rien n’est pareil
Enfin, c’est un tigre du Bengale
Personne ne l’achale
Couché près d’un marais
Il fait ce qui lui plaît
Et si quelqu’un est sec
Il fait du steak avec
Le sang coule partout
C’est un carnage total
Mais
C’est une vedette pop

Vedette pop

Une fois de plus, la bande met de l’avant son talent pour créer des vers d’oreille et des succès radiophoniques qu’on risque d’entendre encore longtemps. Internet, Costume de bain, Vol à l’étalage, Vedette pop, Ouija et surtout la touchante Pâte chinois risquent de joindre les rangs de succès aux côtés des Hawaïenne, Grand champion, Dans mon corps, J’aime ta grand-mère, Les dauphins et les licornes et Ouvre tes yeux Simon!, entre autres.

Il faut parler de Pâté chinois. La pièce semble jouer le rôle de suite (semi) logique à la chanson Le bureau du médecin tirée de l’album Dans mon corps (2009). Dans la première, on accompagne une personne jusqu’à sa mort. Pour Pâté chinois, Simon Proulx a décidé d’aborder le deuil, le temps qui passe et la parentalité. Le tout est présenté dans la nuance. Les métaphores sont bien choisies sur une mélodie épurée qui met bien de l’avant la voix de Proulx.

Avant que ton cœur ne s’arrête de battre
Laisse-moi te faire écouter le mien
Le tien a battu tellement pour moi
Il a battu tellement pour moi
Que je te le dois bien
Le tien a battu tellement pour moi
Il a battu tellement pour moi
Il n’a jamais demandé rien

Pâté chinois

Si je m’ennuie énormément des sonorités rock du premier album, Gros mammouth album turbo, le septième album des Trois Accords prouve que la formation est sur son X. Présence d’esprit est un album où aucune chanson n’est faible ou ne donne envie de peser sur « suivant. »