Critiques

La Femme

Teatro Lucido

  • Disque Pointu
  • 2022
  • 51 minutes
7

Un an et demi après Paradigmes, le duo formé de Sacha Got et Marlon Magnée est de retour avec un album, Teatro Lucido, entièrement en espagnol. Dans une entrevue, ils ont déclaré que ce sont les voyages en Espagne et au Mexique qui les ont inspirés à se lancer dans l’aventure.

Teatro Lucido est empreint de l’humour cynique qui caractérise La Femme dans les dernières années. C’est intéressant de voir comment ça se déploie à travers une proposition aussi audacieuse que Teatro Lucido. Non seulement les Français ont fait le pari de chanter dans la langue de Neruda, mais en plus, ils insufflent à leurs compositions des éléments issues des traditions musicales de divers endroits dans le monde parlant l’espagnol.

On retrouve des influences de flamenco sur l’efficace Y tu te vas qui compte sur une mélodie convaincante et des arrangements réussis. Mais voilà, on ne reste pas sur la péninsule ibérique. Assez rapidement, on se retrouve au Mexique et aux États-Unis avec la chanson-titre et ses rythmes reggaeton. Même chose avec Cha Cha qui tire des influences en provenance de Cuba. Par contre, on y retrouve surtout des mélodies typiquement La Femme. Il faut aussi souligner la très jouissive Sacatela et la dramatique Tren de la vida.

Cette influence latine est moins présente sur une pièce comme No pasa nada dont la langue employée porte ladite influence, mais la musique, elle, un peu moins. Certaines pièces surprennent comme El Conde-Duque qui donne un peu l’impression d’avoir affaire à un « inside » du groupe. Mais comme nous n’étions pas là pour l’enregistrement, ça donne juste l’impression de ne rien comprendre de cette pièce qui semble faite sur mesure pour un camp de vacances.

Le ton usuel de La Femme n’est pas particulièrement fertile pour un hommage culturel de cet acabit et ça donne l’impression que la moitié des chansons sont plutôt de l’ordre de la parodie que de la flatterie. Est-ce que c’est le cas? Dans une entrevue avec Document Journal, Sacha Got évite le sujet et cela fait penser qu’il s’agit un peu beaucoup d’une histoire de blagues plus que de l’adoration.

Dans l’ensemble, Teatro Lucido se tient bien et propose une version alternative intéressante de La Femme sans dénaturer ses sonorités habituelles. Il y a visiblement quelques chansons dynamiques qui seront efficaces en concert et qui vont faire perdurer la réputation du groupe sur scène.