Jonathan Personne
Répertoire
- Bonsound
- 2026
- 37 minutes
Aussi connu comme chanteur et guitariste au sein de la formation Corridor, Jonathan Personne est un hyperactif qui en est déjà à un cinquième album solo en sept ans. Si cette productivité a de quoi étonner, elle n’altère en rien la qualité de la proposition de l’auteur-compositeur-interprète, comme le révèle le planant Répertoire, un disque aux accents plus légers, autant dans le propos que dans ses influences.
L’œuvre de Jonathan Personne (Jonathan Robert de son vrai nom) se distingue de la musique de Corridor sous plusieurs aspects. S’éloignant des influences post-punk et indie rock qui caractérisent la formation, Robert tapisse plutôt son univers individuel de références au folk psychédélique de la fin des années 60, à la dream pop (pensez à Galaxie 500) et à la musique de film. Il y a aussi parfois un côté « bricolé », un signe qu’il se permet probablement une plus grande spontanéité en solo.
Composé de dix nouvelles chansons, Répertoire témoigne d’une fraîcheur renouvelée chez Jonathan Personne, marquée par un penchant pour les sonorités yacht rock des années 70 et la pop ensoleillée, comme sur la très funky Rêve américain en ouverture (premier extrait dévoilé au printemps), l’entraînante Fait divers (qui évoque Belle and Sebastian) ou l’attendrissante Piano Song en conclusion. Les arrangements sont aussi en phase avec cette tangente, avec une basse particulièrement mélodieuse et une place de choix réservée aux instruments à vent, dont le saxophone de Samuel Gougoux,, qui confère une sonorité plus ronde et expressive à certains morceaux.
Mais Robert ne renonce pas à son côté planant, bien au contraire. Le traitement de la voix demeure aussi vaporeux et aérien, ce qui donne un aspect presque méditatif à un titre comme Je pense à toi, avec son rythme syncopé qui nous fait onduler du bassin. On reconnaît aussi des textures typiques de ses albums précédents, comme l’usage de ce qui ressemble à du mellotron sur Fantôme, une sorte de voyage dans le temps qui évoque le vieux King Crimson ou Les Cinq saisons d’Harmonium.
Sur le plan des textes, Robert prend ses distances des questionnements intenses sur la mort et le désespoir pour aborder des enjeux plus concrets. Sans dire que Répertoire est traversé d’un fil conducteur, on note quelques morceaux où il semble explorer sa réalité de musicien. Rêve américain, par exemple, traite du succès et de l’illusion de la gloire, et on ne peut s’empêcher d’y voir un parallèle avec le parcours de Corridor, dont la signature en 2019 avec le label américain Sub Pop avait fait grand bruit :
Un rêve américain, une idée qui m’avait plu au départ
J’avais imaginé quelque chose de plus familier, de plus grand
Je m’éveille et n’y rêve plus
— Rêve américain
On y découvre aussi une lucidité face à l’art et à la place qu’on lui réserve dans notre société, entre ces créateurs méconnus qui peinent à survivre (« Un jeune prodige mort de faim / On louangeait sa misère », chante Robert sur Faits divers) et ces vedettes portées aux nues qui en perdent la tête (« Je t’ai surpris à te perdre dans un rêve / Je t’ai surpris à tomber de si haut », dans l’envoûtante Superstar).
Avec l’aide d’Emmanuel Éthier à la réalisation, Jonathan Personne signe un album riche et léger, qui pose un regard poétique sur des thèmes actuels tout en préservant une certaine esthétique du rêve, grâce à une instrumentation colorée (flûte, lap steel, échantillonnage). Certes, on n’y retrouve pas de titre aussi accrocheur que La vie, la mort (du précédent Nouveau monde, sorti l’an dernier), et Disparitions (2020) reste pour moi la référence dans le parcours de Robert. N’empêche, l’auteur-compositeur-interprète amorce ici un nouveau chapitre intrigant de sa carrière.