Critiques

Jérôme Minière

Une clairière

  • Indépendant
  • 2019
  • 36 minutes
6,5

Parfois austère, parfois contemplatif, Jérôme Minière nous amène dans Une clairière avec ce nouvel album (qui forme un diptyque avec Dans la forêt numérique) . Un havre de paix où le chanteur nous met à l’abri de nos dépendances à l’omniprésence technologique. La thématique est annoncée dès l’ouverture et teinte chaque minute des huit pièces qui peut paraître longue par moment.

«Aujourd’hui, la beauté, ça n’a pas changé /

Ça prend toujours l’éternité » 

La beauté

Grâce à une panoplie de vers délicats qui décrivent un quotidien poétique, l’auteur-compositeur-interprète critique et rend compte de ce qu’il voit. Inconnus ou proches nous sont tous pris dans les filages de nos dispositifs de haute technologie. Suivant les fibres artificielles qui nous relient à tout ce qui nous entoure il tente d’en trouver le nœud, pour le défaire.

«J’espère que je ne te fais pas la morale /

Tu sais, je n’en sais pas plus que toi /

J’espère que je ne te sape pas le mal /

J’raconte juste ce que je vois»

La vérité est une espace menacée

Les arrangements entre musique classique, jazz des années 50, trame sonore cinématographique et trip hop sont dominants. Tel un Serge Gainsbourg ou un Beck (spécialement dans La somme des jours), mais dans une version beaucoup plus puritaine, Minière mélange avec habileté des sonorités actuelles avec la tradition de la chanson française. Les plus beaux moments que le musicien arrive à créer se concrétisent dans la simplicité de ses compositions. En écoutant les accords de piano cristallin, ceux-ci pourtant imparfaits, de la pièce titre, Une clairière, il n’y a aucun doute que cette galette possède quelque chose de vibrant. La chanson se réécoute facilement, ainsi que tout l’album dont les chansons squelettiques deviennent hypnotiques, envoûtantes. C’est avec plaisir que j’ai suivi le jeu méticuleux de contrastes entre la chaleur des instruments à cordes (ou des cuivres) contrastants avec le froid des machines à rythmes.

« On s’épuise dans des selfies/

 C’est nous le produit, la photo, la vidéo, le plein, le vide. »

Le beau vide

Ce qui sonne la fin du charme ce sont les textes. Même si Minière s’assure de nous affirmer en ouverture de son album qu’il ne veut pas nous faire la morale, c’est difficile de ne pas entendre un ton sermonneur dans son doux « chanté-parlé ». Ses lignes n’arrivent pas à créer autant de nuances à propos du thème de l’album que ses compositions instrumentales. Tout (l’amour, le travail, l’art, la vérité, les émotions, le temps) est de moins grande qualité à cause de la technologie. En voulant chanter la vérité et la beauté sans écrans, il en aseptise ses textes. Heureusement que ses arrangements camouflent habilement ses vers réducteurs de notre époque.

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