Critiques

Jay Som

Anak Ko

  • Polyvinyl Records
  • 2019
  • 34 minutes
7

Formule récurrente dans les textos envoyés par la mère de Melina Duterte, «anak ko» signifie «mon enfant» en tagalog.

C’est ce qui a inspiré Duterte, plus connue sous l’alias de Jay Som, à faire d’Anak Ko le titre de son dernier projet. L’étoile montante de l’indie californien nous propose cette fois-ci un voyage introspectif sur fond d’amour passé au fil de neuf morceaux qui confondent entre autres dream pop, indie rock à guitares, shoegaze et neo-psych.

Anak Ko est une fenêtre sur les émotions les plus intimes de sa créatrice, qui s’ouvre avec maturité et sans complexe à qui veut bien l’entendre. Avec une sérénité impressionnante et une absence totale de remords, elle suggère les difficultés vécues dans une relation passée comme pour les accepter et se tourner avec confiance vers l’avenir. Le dernier couplet de Get Well, non dépourvu de nostalgie, est assez éloquent de la paix d’esprit qu’atteint la chanteuse à l’égard de son ancienne flamme :

« I will be your friend
Keep you safe instead
I’ll show you a special way
I don’t want to forget »

Get Well

Sans jamais tomber dans la nonchalance, Jay Som nous enveloppe chaleureusement dans une atmosphère éthérée qui appelle une évasion dans de doux et lointains souvenirs. On a vraiment l’impression d’être immergé dans un univers sonore construit méticuleusement (parfois trop), où la beauté réside dans la précision et dans la délicatesse. Si Anak Ko possède un certain feel psychédélique, c’est beaucoup plus dans son atmosphère que dans sa forme ou ses textures.  

Une quête de beauté alimente vraisemblablement la démarche de Jay Som, et des moments musicaux savoureux en découlent. La dépouillée If You Want It, soutenue par son riff accrocheur et le jeu dynamique du batteur Zachary Elsasser ouvre le bal en laissant une forte impression. La très optimiste Tenderness, immanquablement inspirée du soft rock jazzy de Steely Dan, est aussi une réussite notable, puis Superbike, qui aurait pratiquement pu se glisser incognito dans la tracklist de Heaven or Las Vegas des Cocteau Twins, est peut-être le sommet de l’album.

Cela dit, quelques titres souffrent d’une intensité trop dosée et tombent dans un certain amorphisme. C’est le cas de Nighttime Drive, une tentative de country rock un peu frileuse qui se conclut par un passage de violon trop tellurique pour le voyage éthéré auquel nous convie l’artiste. Il aurait été intéressant de voir Jay Som assumer davantage ses expérimentations (notamment dans le spectre dream pop/shoegaze début années 1990), les pièces les plus audacieuses d’Anak Ko étant les plus réussies.  

Sans équivoque, la production soutient habilement la charge émotionnelle d’Anak Ko. Lorsqu’on s’y attarde, on réalise qu’on a vraiment affaire au travail d’une perfectionniste. Car oui, le nom de Melina Duterte apparaît plusieurs fois à l’intérieur de la pochette de ses trente-trois tours. En dépit d’une popularité grandissante, ses projets demeurent toujours DIY, c’est-à-dire qu’elle se charge elle-même de l’enregistrement, du mixage et de la production. Anak Ko obéit à la règle, si ce n’est de quelques collaborateurs qui sont venus lui prêter main-forte. Et franchement, on peut difficilement exiger mieux. Les nombreux instruments entendus sur l’album s’intègrent avec splendeur dans un ensemble sonore cohérent, les claviers et les pédales font généralement fureur sans être envahissants, et la voix de la chanteuse plane gracieusement au-delà du tout.

On a ici affaire à une artiste éclectique et indéniablement talentueuse. Même si certains morceaux nous laissent un peu sur notre faim, Anak Ko est truffé de moments musicaux saisissants et mérite deux ou trois écoutes attentives, ne serait-ce que pour s’imprégner de ceux-ci.

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