Critiques

INSTITUT

L’effet waouh des zones côtières

  • Rouge déclic
  • 2021
  • 30 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Depuis plus d’un an, le monde n’est plus ce qu’il était. Nous cherchons à travers les mesures gouvernementales une logique alors que l’humanité avance aveuglément à travers une situation inédite. Cette atmosphère n’est pas très facile à dépeindre sur un album. Et pourtant, Institut l’a fait avec brio sur L’effet waouh des zones côtières.

En gardant intacte toute cette délicieuse ironie qui a toujours caractérisé ses œuvres, Institut s’attaque à notre époque avec une plume assassine, un regard amusé et amusant. Les textes mi-chantés, mi-récités entrent dans le vif du sujet sur une musique toujours adéquate. S’il fallait faire un arrêt sur image de la situation actuelle, L’effet waouh des zones côtières serait un bon début.

non je pose la question c’est tout je connais pas tes déviances, pour que le confinement soit synonyme de plaisir dans ta situation on te propose une sélection de nos produits à prix mini, du moyenne à haut de gamme, plug anal, anneau à pénis, vibro stimulateur, prenez soin de vous.

Prenez soin de vous

Institut pose le projecteur sur les banalités qui sont dites depuis le début de la pandémie avec un sourire narquois, entre autres sur Prenez soin de vous. En retournant cette phrase et en l’insérant dans un contexte de vente de produits intimes, il exprime cette grande solitude corporelle qui affecte de nombreuses personnes esseulées. On se voit demain reprend le mot présentiel en répétition sur un thème psychédélique. Alors l’expression se transforme et on plonge dans cette distance imposée entre les humains.

Je suis prêt à cofinancer le projet d’alunisseur au grand réservoir sphérique de Jeff Bezos,
Je suis prêt pour le déjeuner prévu depuis plusieurs semaines avec Vladimir Poutine, je prendrai le bar de ligne,
Au point où on en est.

Un instant de plénitude

Un instant de plénitude plonge dans les déviances du capitalisme et écorche les plus riches qui se foutent des causes sociales. La pièce est écrite du point de vue de la personne qui abandonne. On sent cette fatigue : rendu là, pourquoi s’en faire? Le tout se vit comme une montée infinie, comme une illumination perverse, un nirvana brun.

Les voix de Nina Savary et Arnaud Dumatin s’échangent la balle de magnifique manière. Un bel exemple ? Des échanges vraiment cul qui est une histoire qui tourne autour de la sexualité de Jair Bolsonaro. C’est difficile de ne pas sourire à l’écoute de cette trame narrative aussi intelligente qu’excentrique.

Musicalement, le génie d’Institut est de laisser la place aux mots afin que la musique s’y colle avec simplicité et sobriété. Il n’y a rien d’éclatant, mais c’est justement pour cela que c’est si intelligent. On dirait que les trames et les mots sont naturellement nés ensemble. Comme s’ils étaient inséparables. La trame la plus éclatante est la toute dernière : Comme un coach en éveil de conscience. La basse est utilisée mélodiquement et le ton de celle-ci est magnifique.

Il a fallu attendre 5 ans depuis l’excellent Spécialiste mondial du retour d’affection, mais l’attente en valait tout à fait la peine. L’effet waouh des zones côtières est un petit bijou d’album­.