Critiques

Gulfer

Gulfer

  • Royal Mountain Records
  • 2020
  • 35 minutes
8
Le meilleur de lca

À la batterie, Julien Daoust mesdames et messieurs !!! Et la foule crie et s’affole, et Daoust, lui, les cheveux complètement trempés de sueur, les mains détruites par les ampoules, prend une grande respiration bien méritée. On imagine le batteur du quatuor punk-rock/emo-rock montréalais Gulfer, qui lançait, il y a de cela quelques jours, un album homonyme. Rien à enlever à Vincent Ford au chant, rien à enlever aux solides riffs de Joe Therriault à la guitare et au travail de David Mitchell à la basse, mais que dire de Daoust à la batterie ?

La proposition est un album au rythme foudroyant, caractérisé par l’utilisation d’une pédale double à la caisse, un charleston rapide ainsi que de superbes breakdown complétés de mélodies efficaces à la guitare. La sonorité garage, organique, nous rappelle parfois celle de Built To Spill sur Keep It Like A Secret en 1999.

Alors, comment faire de Gulfer un album qui sonne indéniablement comme s’il était paru en 2000 – un album pertinent en 2020 ?

On pourrait répondre au statut de pertinence exigé que ledit statut est hautement subjectif pour l’auditeur. On pourrait aussi penser que la pertinence réside dans la qualité du produit final au détriment de son époque. Une chose est certaine, Gulfer ne fait pas progresser la musique vers de nouveaux cieux. Toutefois, l’année 2020 a vu des groupes comme Stay Inside et Gulfer briller lors de leur sortie respective, murmurant une certaine résurgence du style emo dans la scène underground.

Ma théorie ? Le quatuor réunit les meilleurs éléments du style rock-emo qu’il arbore. De magnifiques breakdown, un style lyrique conscient et honnête, des ostinatos simples et mélodieux à la guitare. Prenons, par exemple, la pièce Mall Song qui débute sur de superbes mouvements à la batterie, ceux-ci accentués par le frétillement aigu et onirique des cymbales. La guitare répétitive vient compléter l’imprévisibilité de Daoust, et puis, la voix lasse et nostalgique, parfois criarde de Ford s’installe pour laisser place à un autre superbe moment instrumental, rappelant le modus operandi du math-rock. C’est sans parler de la fracassante première chanson, Blurry, qui nous aspire et nous colle instantanément à l’univers de l’album, ou de la brillante Carefully, qui met soigneusement en place la fin du disque. Bref, la recette du rock-emo ; l’expressionnisme lyrique, la nostalgie ainsi que la sonorité organique sont tous des éléments musicaux intemporels, faisant de Gulfer, une sortie judicieuse.

Il serait intéressant de voir le groupe se permettre d’expérimenter davantage, ils ont le talent pour le faire, alors que la formule des chansons est parfois répétitive, d’une durée constante d’environ 3 minutes 40 secondes. En revanche, le quatuor parsème l’opus de divers interludes, tantôt fructueux, comme celle qui précède avec brio la pièce Heat Wave, venant par conséquent dégonfler de peu le sentiment de répétitivité des morceaux.

Avec leur album homonyme, Gulfer n’invente rien de nouveau, mais l’album est un véritable délice empêchant conséquemment le rock-emo, un style de musique pertinent, de sombrer dans l’oubli.

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