Critiques

Guided By Voices

Space Gun

  • Rockathon Records
  • 2018
  • 39 minutes
6,5

Vingt-six albums et au-delà de 400 chansons plus tard, le groupe américain Guided by Voices continue d’étonner par sa productivité et sa capacité à surfer au-dessus des modes. Avec Space Gun, son quatrième opus depuis sa seconde reformation en 2010, la bande à Robert Pollard opte pour un rock plus classique, moins lo-fi, ce qui atténue la puissance de la proposition, malgré encore de très bons morceaux.

Une fois de plus, la formation originaire de l’Ohio ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis et offre un album balancé à vive allure, avec 15 chansons dont la plupart ne franchissent même pas la barre des trois minutes, ce qui implique des changements drastiques de textures et quelques morceaux qui finissent en queue de poisson. Cette recette a déjà fait la renommée de GBV (le classique Alien Lanes de 1995 condensait 28 morceaux en 41 minutes de musique), alors, pourquoi la changer?

Il est par ailleurs étonnant de constater à quel point le groupe a su conserver un son aussi caractéristique depuis ses débuts en 1983, malgré le fait qu’il ait connu assez de changements de personnel pour rivaliser avec des noms comme King Crimson ou The Fall. La réponse tient dans le génie de Pollard, « un artiste totalement libre adoptant une démarche artistique sans compromis », comme l’a indiqué le collègue Stéphane Deslauriers l’an dernier dans sa critique de l’album August by Cake.

Évidemment, on n’enregistre pas autant d’albums sans parfois rater son coup. Pour des petits bijoux comme Bee Thousand (1994), il y a des platitudes comme Please Be Honest (2016). Le nouveau Space Gun se situe quelque part entre ces deux extrêmes. Ça démarre en force avec la pièce-titre, qui offre un riff de guitare d’inspiration post-punk surplombé d’une puissante mélodie et d’un refrain à entonner en chœur. Sans être léchée, la production est suffisamment élaborée pour distinguer ce nouvel album de l’esthétique garage qui a toujours été la marque de commerce de Guided By Voices. Une chanson comme See My Field bénéficie elle aussi d’un son plus rond, malgré son rock fiévreux qui peut rappeler The Replacements de l’époque Tim. Et il y a Sport Component National, une sorte de mini-suite de moins de trois minutes dont seul Pollard a le secret, comme une leçon de prog-rock en accéléré. Des ballades acoustiques comme Ark Technician et I Love Kangaroos frappent elles aussi dans le mille et évoquent la nostalgie du folk-rock du début des années 90 à la façon R.E.M., un autre groupe ayant émergé un peu à la même époque que GBV

En fait, le problème de Space Gun réside surtout dans la facture un peu générique de certains morceaux, qui donnent dans le rock de format radiophonique qu’on pourrait programmer à CHOM sans déstabiliser les fans de Rush ou de Tragically Hip (oui, j’exagère un peu…) Je fais référence à des titres comme Colonel Paper, Grey Spat Matters ou Flight Advantage, qui se révèlent des plus prévisibles. Bien sûr, Guided by Voices a souvent flirté avec les mélodies douces et la frontière pop, très influencé en cela par l’invasion britannique des années 60, mais son côté un peu brouillon l’a toujours empêché d’atteindre un plus large public. Et c’est spécifiquement pour cette raison qu’un culte grandissant s’est construit autour de la formation.

Space Gun n’est certes pas un mauvais album, loin de là, et Robert Pollard continue de faire ce qu’il fait de mieux, c’est-à-dire exactement ce qu’il veut, sans se soucier des attentes du public et de l’industrie. Mais je préfère quand même mon GBV un peu plus rugueux, même si on est encore loin d’un indie-rock aseptisé…

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