Grand Eugène
Deux places au cimetière
- Délicieuse Musique / Lighter Than Air
- 2026
- 32 minutes
Grand Eugène arrive avec son premier album, Deux places au cimetière, après avoir déjà fait sa place dans la scène indé québécoise. Le duo de Melyssa Lemieux et Jeremy Lachance a fait des vagues avec ses deux premiers EP : l’homonyme en 2023 et Les vacances d’été en 2024. Le groupe fait partie des rares groupes québécois à chanter en français, mais qui a des liens dans la scène anglophone de la métropole aussi. C’est d’ailleurs Patrick Holland qui a signé le matriçage de l’album. Sinon, la formation compte sur l’apport de Jérémie Essiambre (La Faune) à la batterie à travers l’album.
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Une manière
De ne jamais s’oublier
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Trente ans d’avance
Deux places au cimetière
— Cimetière
Cimetière est une pièce qui résume bien Grand Eugène. Sous le côté léger de leur son et la voix presque chuchotée de Melyssa Lemieux, il y a des sujets usuels qui sont traités avec des angles suprenants. Une pièce d’amour qui clame la « hâte de mourir », c’est romantique… mais d’une manière assez déviante. Et il y a beaucoup de cette tension charnelle, mais un peu inquiétante dans ce que le groupe propose. Cette même sensation se fait sentir avec Marcher, une pièce qui peint le tableau d’une sortie du Quai des Brumes, d’une perche qui aurait pu être tendue, mais qui finalement ne sera pas consommé. C’est aussi vrai sur What It Feels Like, une collaboration avec Freak Heat Waves.
Luis Juan Cormier serait content de savoir qu’il n’y a rien que la proposition musicale de Grand Eugène ne fait pas référence à des grands groupes de rock d’ici, comme Karkwa ou Malajube. On est plutôt dans un indie-rock éthéré qui rappelle un peu les débuts de Mac DeMarco ou encore un peu de Beach House. Mais, Grand Eugène, sonne quand même assez différent. Il y a une dégaine et une manière de composer qui leur appartient proprement. C’est vrai pour la sensuelle Se donner notre choix qui est un bon exemple.
Le duo s’est même payé un animateur vedette de Radio-Canada alors que Nicolas Ouellet nous passe « la bonne soirée » au nom du groupe à la fin de Valentino. Outre cette apparition un peu surprenante, la pièce offre de bons moments groovy et mélodieux où la protagoniste souhaite attirer l’attention d’un garçon. D’ailleurs, précisons que c’est principalement Jeremy Lachance qui est derrière les paroles de l’album et qu’il a fait une très bonne job d’écrire pour une femme qui nous chante le tout avec le plus grand naturel. Visiblement, la paire est sur la même longueur d’onde.
Parmi les meilleurs moments, on retrouve aussi Monstre et son petit riff de guitare ou de synthétiseur qui n’est pas piqué des vers. Hier offre aussi peut-être le moment le plus musclé de Grand Eugène avec son emportement noise vers la fin de la pièce.
Si ça ne révolutionne pas le genre, Grand Eugène livre tout de même un bon album qui s’écoute bien. Ça coule de source et le duo nous embarque rapidement dans sa proposition qui en conservant une grande cohésion, ne se répète pas.