Critiques

Embo/phlébite

Les fausses liaisons

  • Indépendant
  • 2020
  • 29 minutes
7,5

Embo/phlébite est la combinaison de problèmes de santé subis par le musicien Raphaël Léveillé : plus précisément une embolie pulmonaire et un caillot de sang qui l’ont forcé à rester dans son sous-sol de Laval le temps de la convalescence. Cette situation extrême propice à la création a donné naissance à son groupe montréalais du même nom avec Agathe Dupéré, Gabriel Lapierre et Naomie Delorimier. Sous ce nom assez inquiétant se cache une belle folie indie rock!

Après la sortie du premier EP astucieusement nommé EP​.​un en 2018, le groupe a maintenant sorti son premier LP Les fausses liaisons : un petit trente minutes de plaisir rafraîchissant. Ce sont les paroles amusantes, simples, mais bien ficelées, ainsi que la musique délicieusement étrange qui rendent ce court album particulièrement intéressant. Un mariage stylistique étonnant puisqu’il serait facile de s’attendre à une poésie plus sérieuse de la part d’un groupe qui ose l’exploration musicale, mais Embo/phlébite ne semble pas vouloir tomber dans ce cliché. 

La formation touche autant aux paroles légères de slacker en convalescence (« Mais je suis trop occupé à chiller / Trop occupé à écouter la télé ») qu’aux revendications féministes (« Arrête donc de me regarder / Je fais juste me baigner »), mais c’est surtout le ton humoristique qui marque à travers l’album. La première piste As-tu trouvé? commence par un énoncé drôlement démoralisant : « As-tu trouvé ce que tu vas faire en attendant de mourir? ». Soutenu par une répartie inattendue, une intonation rapide et des silences aux bons moments, ce ton prince-sans-rire surprend agréablement à plusieurs reprises, comme dans les drôles et tristes paroles de Fantômes  : « Tu pleures ou tu ris? / Personne le sait on comprend jamais ce que tu dis. » 

Dans la même veine que Malajube ou même FUUDGE, le groupe propose autant une indie pop puissante et énergique comme sur le petit pep talk hurlé de « C’est le renforcement positif à partir du principe que l’affirmation… », qu’une pop rock progressive aux tournures soudaines innovantes comme sur Tous et toutes ou bien Fantômes. Cette dernière commence par une intro électronique qui semble tout droit sortie d’un film de science-fiction des années 70, puis prend une direction psychédélique captivante en plein milieu. Alors que le petit côté bossa-nova mystérieux de Les siestes sont longues chez Caro se transforme en pop légère rappelant le ton désinvolte et décontracté de Philippe Katerine : « Regardez-moi je suis saoul dans la rue ». Une délicieuse expérimentation qui se retrouve un peu partout sur l’album. Cet album atteint des hauteurs avec la dernière et excellente chanson Saoul : une (autre) histoire de brosse qui tourne mal sur un parfait mélange de répliques cocasses et d’indie rock qui décoiffe le toupet : 

« Saoul, je tombe tout partout 
Hey, je crie après les gens 
Non, je ne les connais pas »

– Saoul

Embo/phlébite offre un joyeux et étrange vent de fraîcheur avec son premier album réussi Les fausses liaisons, sur lequel le groupe s’est forgé un style original composé d’une hilarante poésie assumée et d’explorations musicales bizarres. On espère que la formation continuera dans cette direction, c’est-à-dire le champ gauche, et s’y aventurera encore plus profondément comme elle en a le potentiel en imagination et en créativité.