Critiques

Dry Cleaning

Stumpwork

  • 4AD
  • 2022
  • 45 minutes
7

Intitulé New Long Leg, le premier album de la formation Dry Cleaning s’était hissé à un échelon assez élevé dans les meilleures créations rock révélées en 2021. Nick Buxton (batterie), Tom Dowse (guitare), Lewis Maynard (basse) et l’énigmatique Florence Shaw (voix), en avaient séduit plus d’un avec un rock éthéré / apaisé, mettant de l’avant une section rythmique menaçante, un jeu de guitare inventif et, bien sûr, l’emblématique spoken-word de Shaw.

L’enregistrement et la réalisation de ce premier long format avaient alors été confiés à l’un des musiciens anglais parmi les plus respectés qui soient : John Parish, le proche collaborateur de PJ Harvey.

Pour la création de ce deuxième disque, Dry Cleaning a pris la décision de demeurer sagement en terrain connu. Colligé dans le même studio que New Long Leg, c’est encore Parish et son équipe qui accompagnent les Londoniens dans cette toute nouvelle aventure titrée Stumpwork.

Cette fois-ci, la formation laisse quelque peu en plan ses menaçantes lignes de basse et plonge par moments dans le « slacker rock » des années 90. C’est donc la guitare de Dowse, qui trouve son inspiration dans le jeu de Stephen Malkmus, et la voix de Shaw, mixée crûment à l’avant-plan, qui captent totalement notre attention. Cette moindre importance accordée à la section rythmique fait de ce Stumpwork un disque encore plus aérien, et sous tranquillisants, que pouvaient l’être New Long Leg.

Côté textes, Shaw explore sensiblement les mêmes thématiques (famille, autodénigrement, sensualité, etc.), mais en y ajoutant une considération politique plus accentuée. Dans l’introductive Anna Calls From The Arctic, elle constate comme nous que le sacro-saint libre marché, si précieux pour les chantres du capitalisme néolibéral, ne profite au bout du compte qu’à une caste de privilégiés :

Nothing works

Everything’s expansive

And opaque and paralyzed

– Anna Calls From The Arctic

Dans Conservative Hell, elle évoque la liberté qui est aujourd’hui conjuguée plus que jamais à notre frénétique tendance à consommer… un contentement éphémère, s’il en est un !

I’m bored

But I get kick out of buying things

– No Descent Shoes For Rain

Malgré les quelques prises de risque saupoudrées tout au long de l’album, Stumpwork n’atteint pas les standards établis par New Long Long. En éradiquant les redoutables lignes de basse qui caractérisaient le premier effort du groupe, et en misant un peu trop sur l’approche vocale de Florence Shaw, Dry Cleaning perd de son mordant au profit d’une esthétique plus contemplative et moins captivante.

Cette nouvelle production contient quand même sa part de bonnes chansons. Le climat sonore « dangereux » refait momentanément surface dans No Descent Shoes For Rain et Hot Penny Day. La mélodie enfantine de Shaw dans Don’t Press Me fait sourire. Les connaisseurs de Malkmus reconnaîtront la patte du vétéran dans les motifs de guitare de Driver’s Story. Le groove hypnotique de Liberty Dog favorise l’état d’apesanteur. En contrepartie, la pièce-titre est d’un ennui mortel et la conclusive Icebergs n’arrive vraiment pas à la cheville de Every Day Carry; une pièce explosive qui fermait les livres de New Long Leg.

Le « spoken rock » de Dry Cleaning est loin d’être devenu soudainement indigeste, mais il aurait pu être plus incisif et palpitant en ne reléguant pas à l’arrière-scène cette section rythmique qui avait franchement ravi l’auteur de ces lignes.

Stumpwork est tout simplement moins prenant que son prédécesseur.