Critiques

Deafheaven

Ordinary Corrupt Human Love

  • Anti- Records
  • 2018
  • 62 minutes
8,5
Le meilleur de lca

À ma connaissance, c’est la première fois qu’une telle chose se fait. C’est la première fois qu’un groupe de black métal (on pourrait dire darkgaze ou encore post-métal) fait un album romantique. Parce qu’il est impossible de se tromper avec Ordinary Corrupt Human Love, George Clarke nous chante l’amour qu’il entretient envers quelqu’un. En passant des moments de romantisme à la procréation, le tout avec une poésie aussi intense que la musique du groupe. Ce nouvel album de Deafheaven est une ode romantique à l’amour, aussi surprenant cela puisse être.

Imagining us clasping hands in holiday
Imagining you growing older
Growing somehow more beautiful

— Glint

Deafheaven en est à son quatrième album. OCHL est précédé de Sunbather et New Bermuda, des albums différents. Alors que le premier a installé le style de black métal shoegazé du groupe, le deuxième était une exploration des différents genres de métal qui trouvaient le moyen d’être rattaché à leur son. C’est un des grands talents de Deafheaven, savoir choisir des éléments extérieurs, les avaler, les digérer puis les servir comme si ça venait d’eux. C’est encore une fois le modus operandi sur Ordinary Corrupt Human Love. Le groupe emprunte à un tas de styles musicaux et réussit encore une fois à nous les servir avec une bonne dose de beauté et de force.

Canary Yellow est l’une des pièces phares de cet album avec très peu de faiblesses. Non seulement, offre-t-elle une partition percussive surhumaine, mais on y trouve aussi l’intégration de moment indie-rock sporadique. Le tout est si bien ficelé qu’il ne jure pas avec le reste de la chanson. C’est aussi l’un des textes les plus poétiques du nouvel album alors que Clarke compare l’existence à de la poterie. À la fois fragile et fondamentalement terrestre. Est-ce la vie ou l’amour qui est ainsi?

Ceux qui trouvaient déjà que Deafheaven était trop quétaine désespéreront dès les premières notes de piano sur fond de bruit de vagues que nous offre la formation sur You Without End qui ouvre l’album. Ajoutez à cela la guitare de Kerry McCoy qui est toujours aussi langoureuse et pleine de nuances, qui pleure gentiment pendant Nadia Kury couche un slam. D’ailleurs, ce n’est pas la seule femme à venir faire son tour sur OCHL, Chelsea Wolfe et Ben Chisholm prête leur voix à l’atypique Night People.

Glint est certainement la pièce où le groupe offre le plus gros mur de son alors que les deux pieds de Daniel Tracy martèle avec une constance et une rapidité enviable les pédales du bass-drum. Ce qui a toujours été appréciable dans le jeu de Tracy l’est toujours. Il est capable d’alterner rapidement entre du blast-beat et des percussions plus nuancées comme si tout était naturel. Il nous fait croire que c’est facile pendant un temps. Near se lance dans une approche plus calme et paisible sur laquelle on entend Clarke chanter doucement. Ça surprend un peu!

Ordinary Corrupt Human Love est une œuvre qui cadre parfaitement dans la discographie iconoclaste de Deafheaven. Pas assez métal pour les uns, trop bruyants pour les autres, trop quétaine par moment ou encore trop éclaté dans leur choix styliste, il y a mille et une chose que le fan de métal peut reprocher à Deafheaven. Mais il faut admettre qu’en ce moment, et ce depuis quelques années, c’est l’un des groupes les plus intéressants et aventureux de la scène métal américaine. OCHL prouve encore une fois l’audace du groupe qui lance un album fleur-bleu, où l’amour véritable, celui sans artifice du quotidien, est maître. Celui qui révèle la vraie nature des partenaires au grand jour. Cet amour donne envie à Clarke de sortir tout ce qu’il a dans le ventre et c’est parfait ainsi.

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