Critiques

Cindy Lee

Cat O’ Nine Tails

  • Realistik
  • 2020
  • 25 minutes
7

Il y a deux mois à peine, Patrick Flegel, ex-membre du groupe Women se produisant maintenant sous le nom de Cindy Lee, lançait l’excellent What’s Tonight to Eternity, un disque aussi envoûtant qu’étrange. Et voilà que nous arrive Cat O’ Nine Tails, une autre œuvre, elle aussi hétéroclite, qui mélange les codes de la musique minimaliste et de la pop garage, sur fond de questionnement sur la fluidité des genres.

Il est à peu près impossible de dissocier la démarche artistique et musicale de Cindy Lee de la vie de son créateur. Flegel s’est lancé dans ce projet après la dissolution de Women, dont sont aussi issus son frère Matt et Mike Wallace, les mêmes qui allaient ensuite former Viet Cong, devenu Preoccupations. Women a lancé deux albums avant de se séparer dans le tumulte (Matt et Patrick en seraient venus aux coups lors d’un concert à Victoria en 2010). Pour Flegel, Cindy Lee est apparue comme le véhicule idéal afin d’explorer de nouvelles possibilités, non seulement sur le plan musical, mais aussi sur le plan identitaire (Cindy Lee renvoie au nom de son personnage drag).

Malheureusement, What’s Tonight to Eternity est passé un peu sous le radar dans nos pages (mea culpa), mais il aurait certes mérité qu’on s’y attarde davantage. Il s’agit sans doute de l’album le plus abouti de Cindy Lee jusqu’à maintenant, dont la principale qualité est d’avoir réussi à offrir un tout cohérent avec un tel amalgame de styles : musique de film d’horreur, expérimentations baroques, pop déconstruite, noise rock, avant-garde, le tout au service de la vision unique de Flegel.

D’une durée d’à peine 25 minutes, Cat O’ Nine Tails ne témoigne pas de la même ambition esthétique, mais propose quand même quelque chose de très cohésif, et qui explore des territoires musicaux demeurés un peu en périphérie sur What’s Tonight to Eternity. Construit autour de trois versions (instrumentales) de la pièce-titre, qui joue le rôle de liant entre les titres un peu plus « conventionnels », Cat O’ Nine Tails s’écoute comme un court-métrage expérimental, dont l’objectif n’est pas de raconter une histoire, mais plutôt de semer des indices ou des questionnements.

Si les claviers dominent sur Our Lady of Sorrows et la pièce-titre (celle-ci avec un petit quelque chose à la Philip Glass), Faith Restored est construite autour d’une ligne de guitare saturée de reverb et de tremolo, dans l’esprit d’une chanson comme Bang Bang (My Baby Shot Me Down) de Nancy Sinatra. Love Remains est elle aussi très rétro dans sa facture, sorte de ballade qu’on croirait sortie des années 50, avec la voix de falsetto de Flegel qui se superpose à un autre chant plus grave.

La même ambiance imprègne As I’m Stepping Thru the Gates, qui pourrait figurer dans un film de David Lynch (la scène au Club Silencio, dans Mulholland Drive). Premier extrait de l’album, I Don’t Want to Fall in Love Again utilise les codes de la pop yéyé des années 60, mais enrobée de quelque chose de psychédélique dans les sonorités. Il s’agit sans aucun doute de la pièce la plus accessible du disque, suivie en cela de Bondage of the Mind, qui navigue dans des eaux similaires.

Il est difficile d’offrir une description adéquate de la musique de Cindy Lee, dans laquelle les genres musicaux se font et se défont, évoluant dans une réalité mouvante où rien n’est tout noir ou tout blanc. Cat O’ Nine Tails n’est certes pas un album aussi dense ou complexe que What’s Tonight to Eternity, mais ça reste un exercice de style fascinant qui peut servir de belle porte d’entrée à cet univers exigeant.

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