Chelsea Wolfe
The Dark
- Loma Vista Recordings
- 2026
- 41 minutes
Chelsea Wolfe offre de la chanson gothique et mélancolique depuis près de 20 ans. L’autrice-compositrice-interprète qui arrive avec son neuvième album avait lancé She Reaches Out to She Reaches Out to She en 2024. Si l’album précédent restait dans les zones de confort musicales, alors que les textes étaient toujours aussi riches, The Dark va dans une toute nouvelle direction. Le rock gothique typique de Wolfe est toujours là en couleur, mais The Dark est de loin l’œuvre la plus accessible de son répertoire à date.
En grande partie, les éléments métal sont évacués de The Dark au profit d’un rock alternatif aux sonorités plutôt sombre. On est très loin de la férocité de Hiss Spun. Mais on est aussi loin du côté vaporeux des dernières sorties de l’Américaine. The Dark est probablement l’album le plus direct dans son écriture. On l’entend chanter à pleine voix sans filtres, ou avec très peu de ceux-ci, et les textes ont bénéficié de l’apport de Jennifer Decilveo, une réalisatrice et autrice-compositrice qui a travaillé avec des artistes aussi variés que Miley Cyrus, Albert Hammond Jr. et Sasami.
On le remarque dès les premières notes de la chanson Cold qui ouvre l’album. Chelsea Wolfe nous chante une ballade de folk sombre de manière assez directe avant que celle-ci s’emporte dans un refrain pop-rock drastiquement différent de ce qu’elle nous a proposé par le passé. Puis, Seethe, la deuxième chanson vire en électro-rock plutôt entraînant et convaincant. Les premières écoutes vont choquer les fans de la première heure. Peut-être même allez-vous crier dans votre salon à quelques occasions en vous demandant si Wolfe a finalement vendu son âme au diable pour gagner des GRAMMYs. Mais tranquillement, les pièces risquent de vous conquérir, parce que c’est vraiment accrocheur.
Après une phase métal délicieuse, une phase folk vaporeuse noire intéressante, sommes-nous rendus à la phase pop-rock puissante? Il se peut bien que ce soit le cas. En tout cas, des pièces comme Swallower en font un vibrant témoignage. Ce qui surprend encore plus, c’est l’aisance avec laquelle Wolfe se plie à ces nouvelles sonorités. Elle rivalise sans difficulté avec ses pairs pour la livraison vocale.
Halo est l’une des pièces plus intéressantes avec sa guitare acoustique folk, ses arrangements mystiques et surtout ses paroles un peu plus cryptiques. Parce que sur le reste de l’album, généralement parlant, Chelsea Wolfe va au plus simple et laisse un peu de côté la poésie plus charnue. Si la livraison a la qualité d’une PJ Harvey, les paroles, elles, sont très loin de rejoindre ce niveau d’excellence. Chelsea Wolfe a déjà avoué avoir fait disparaître son premier album, Mistake in Parting, parce qu’elle jugeait que les paroles étaient trop tournées vers sa vie personnelle et une séparation douloureuse qu’elle vivait. On peut dire que The Dark est aussi largement teinté par ce qui semble être la fin d’une relation. Est-ce le cas? C’est moins facile de le dire et, au final, on s’en fout que ce soit ça la réalité ou non. Mais une chose est sûre, les pièces semblent parler des phases du deuil et des émotions qui accompagnent la fin d’une relation.
Turn the Key semble un hommage à Emma Ruth Rundle tellement sa livraison s’en rapproche. I’m Not There et Dancer in the Sky sont deux autres pièces surprenantes pour leur approche plutôt pop-rock. The Dark offre plutôt un genre de folk accessible qui laisse un peu de glace.
Je suis ambivalent avec cette nouvelle avenue sonore de Chelsea Wolfe, et ce, même si ça s’inscrit quand même logiquement dans la courbe d’évolution de son projet. Je ne m’attends plus à ce moment à ce qu’elle nous parachute un album métal viscéral. Et j’avoue que j’ai plus de plaisir avec la pop-rock qu’avec le folk aérien sombre. Mais il y a aussi quelque chose qui se perd dans son approche plus accessible. Le côté mystique du projet prend en grande partie du bord à l’exception de quelques paroles ici et là et des arrangements passagers. C’est un album intéressant, mais qui me laisse à me demander : où ira-t-elle par la suite?