Critiques

If I Could - Alpha

Charlotte Day Wilson

ALPHA

  • Stone Woman Records
  • 2021
  • 33 minutes
8
Le meilleur de lca

Chanteuse de charme torontoise qui n’a plus besoin de présentation (ou presque), Charlotte Day Wilson débarque en grande pompe avec son premier microsillon intitulé ALPHA. Difficile à croire, mais oui, c’est bel et bien sa première longue parution alors que depuis 2012, elle a multiplié les monoplages, EP et collaborations de qualité supérieure. Alliant avec justesse le R&B, le néo-soul, la pop et même le gospel, Day Wilson est une sensation vocale plutôt rare au Canada. Un pokémon légendaire quoi?

Plusieurs amateur.e.s du genre l’auront certainement reconnu pour son COLORS Show (Youtube) qui fut, ma fois, un réel délice pour les yeux et les oreilles. D’autres se sont possiblement délectés de son dernier EP, Stone Woman; une véritable vitrine scintillante mettant en vedette sa voix chaudement lascive. Pour le reste, vous avez sans doute, comme moi, apprécié un peu tout ce qu’elle fait, comme ses apports sublimes aux pièces de Daniel Caesar, Kaytranada et BADBADNOTGOOD. D’ailleurs, BADBADNOTGOOD rend la pareille à Charlotte Day Wilson sur la deuxième pièce nommée I Can Only Whisper. Une superbe rencontre romantique assumée et digne d’un flirt feutré dans un club de jazz sur Queen Street. Plusieurs pièces (voire tout l’album) méritent d’énormes mentions. Mountains est une des plus marquantes, découverte l’an dernier en guise de simple. Profondément obscure, la douce douche pluvieuse accompagne à merveille l’élan vocal tristement puissant de CDW.

Malgré tout, quelques éclaircies se retrouvent sur le chemin de notre road trip audio. Je dis road trip, mais cet album-là est plutôt une marche nocturne en revenant d’un bar. Partiellement affecté par l’ivresse, ALPHA accompagne avec brio le parcours déambulatoire, jusqu’au repos du corps dans son lit. Cependant, c’est aussi le complément idéal d’un «dernier drink», d’une dernière clope. Visiblement, vous aurez compris que ALPHA est un allié de circonstance en fin de soirée.

De plus, la face B du long format contient quelques bijoux, dont une alliance naturelle avec la chanteuse californienne Syd. Révélation hip-hop de la côte ouest, elle a perfectionné son art aux côtés de Frank Ocean, Earl Sweatshirt, Tyler the Creator et Domo Genesis au sein du collectif Odd Future Wolfgang Kill them All (OFWGKTA). Si le tempo n’est pas des plus percutants sur Take Care of You, c’est à mon avis, une des pièces les plus abouties d’ALPHA. Le boulot d’échantillonnage vocal est tellement bien fignolé qu’on a l’impression d’entendre 3-4 chanteurs et chanteuses différent.e.s.

Après quelques écoutes de cette première offrande, un phénomène plutôt étonnant me frappe de plein fouet. Malgré la justesse et technique vocale de Charlotte Day Wilson, ses textes semblent accessoires, et c’est quasiment impossible de se pencher sur ceux-ci afin de les analyser. Pourtant, la prose de Day Wilson n’est pas non plus enfouie sous une tonne d’instruments trop forts, au contraire. En ce sens, la principale intéressée nous tend une perche avec une composition épurée, épluchée et dénudée à souhait : Wish It Was Easy. Sans trop de flafla, de confettis et d’effets dans le micro, elle peint le portrait d’une relation brisée, de l’acceptation d’une rupture et de la complexité d’aimer l’être cher.

Tout ça est touchant sur un moyen temps, comme ils disent.

I love you with your demons

Enough to fill a room

But we’re still kids, just playing house

It’s hard to say it will work out

I’m looking back on times we’ve had

I’m looking back on photographs

But truth prevails, yeah

– Wish It Was Easy

Notons qu’elle a écrit toutes ses pièces avec l’aide de quelques acolytes, comme des figures marquantes de la scène torontoise en Jack Rochon et «Sir Dylan» Wiggins.

Bref, passons aux conclusions et mentionnons simplement que rien n’est laissé au hasard sur ALPHA, qui est un sublime assemblage qui plaira assurément aux cœurs tendres en quête de voix réconfortantes. Personnellement, je considère que, stylistiquement parlant, nous avons affaire à une gigantesque réalisation s’inscrivant dans la même ligue que When I Get Home de Solange.