Critiques

Cass McCombs

Tip of the Sphere

  • Anti- Records
  • 2019
  • 58 minutes
8
Le meilleur de lca

Cass McCombs est l’un des songwriters états-uniens parmi les plus mésestimés qui soient. Préférant les chemins de traverse aux écueils de la popularité, McCombs s’évertue depuis plus de 15 ans à écrire des chansons mélangeant habilement le psychédélisme, le soft-rock et plus récemment la country.

C’est en 2011, avec l’album Wit’s End, que le compositeur a pointé le bout de son nez hors des cercles d’initiés. En 2013, il a fait paraître l’ambitieux Big Wheels and Others; un disque d’une durée de 95 minutes qui demandait un effort d’écoute de tous les instants et qui ne permettait pas d’apprécier le travail du musicien à sa juste valeur. 3 ans plus tard, McCombs récidivait avec le très sensuel Mangy Love qui s’éloignait du rock ténébreux auquel il nous avait habitués.

L’artiste est de retour avec un 9e album en carrière : Tip of the Sphere. Réalisé par Sam Owens, alias Sam Evian (meneur de la formation Celestial Shore), cette production a été enregistrée au réputé studio new-yorkais Figure 8. Et ses fidèles accompagnateurs font bien sûr partie de l’aventure : Dan Horne (basse), Otto Hauser (batterie) et Frank LoCrasto (piano, orgue, synthés, etc.).

Cette fois-ci, McCombs plonge dans une sorte soft-rock feutré et indolent, aux influences americana, qui remémorent parfois les Grateful Dead. Tip of the Sphere est un disque plus cohérent que Mangy Love, même si en fin de parcours le bonhomme nous surprend avec American Canyon Sutra, un spoken-word étrange dans lequel il y va de cette petite perle littéraire :

« A pile of cash… thrash…

Pinched into a little butterfly »

– American Canyon Supra

Avec Mangy Love, le créateur nous a prouvé qu’il faisait partie d’un groupe sélect de chansonniers états-uniens de talent. Avec Tip of the Sphere, il confirme hors de tout doute que son désolant anonymat tire sérieusement à sa fin, du moins, c’est notre plus grand souhait. L’Américain nous propose un album intemporel qui vise la durée plutôt que l’esbroufe et l’effet de toge. McCombs crée et joue selon ses propres règles, présentant des chansons calmes et sereines en apparence, mais renferment quelques critiques sociales bien tournées, voire le premier simple tiré de l’album, Sleeping Volcanoes :

« Thank you to the authentic fake

A true enigmatic uncle

Welcome to cuckoo land

Home of the fake »

– Sleeping Volcanoes

Même si Tip of the Sphere ne contient aucune surprise majeure, la facilité déconcertante avec laquelle ces petits bijoux de chansons sont interprétés font de ce disque une totale réussite.

I Followed the River South to What donne envie de sacrer le camp sur les routes poussiéreuses du désert du Nevada. Le riff central qui distingue The Great Pixley Train Robbery est imparable. La mixture guitare fuzzée, saxophone et piano dans Absentee est brillante. Sidewalk Bop After Suicide remémore le bon vieux Neil Young avec Crazy Horse – en moins décapant – et la conclusive Rounder, d’une durée de 10 minutes, est du même acabit.

Parfois, il y a de ces disques qui, aux premières écoutes, nous laissent de marbre, mais qui prennent tout leur sens au fil des auditions. Tip of the Sphere est une création intemporelle et moderne à la fois, aux antipodes de l’hyperactivité superficielle qui définit notre époque. Excellent disque.

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