Critiques

Bolduc Tout Croche

Construire une table pour y mettre notre poing ensemble

  • Raton Records
  • 2022
  • 34 minutes
7

Bolduc tout croche roule sa bosse depuis plus de 10 ans maintenant, avec des albums qui ont un beau succès d’estime. La musique de Simon Bolduc (guitare et voix), Marc-Antoine Sévégny (batterie) et Andrea Mercier (basse et voix) tend beaucoup vers le country avec quelques accents rock. Paru en 2018, le dernier album Grande santé parlait sous des apparats simples de thèmes graves comme le vieillissement et la jeunesse poquée. À la fin de mars dernier, le groupe a lancé Construire une table pour y mettre notre poing ensemble, dans la lignée musicale des précédents, en poussant sur certaines pièces un côté rock déjà exploité dans Grande santé.

L’album est réalisé à trois têtes cette fois-ci : Navet Confit, Émilie Proulx et Éric Goulet. Malgré cette multiplication de réalisateurs, il y a une unité de son vu le resserrement de la musique des trois membres du Bolduc tout croche, avec l’apport de David Marchand (pedal steel et guitare électrique). Celui-ci se taille d’ailleurs une place importante dans des pièces comme Sainte-Rose-du-Nord, avec la pedal steel, et Bakounine avec une excellente ligne de guitare électrique. Les accents plus rock de Grande santé se retrouvent également dans La maison du voisin et Une table (pour y mettre notre poing).

L’unité dans Construire une table […] se retrouve surtout dans les textes de Simon Bolduc. Comme sur les précédentes parutions du groupe, ils se distinguent par une langue parlée simple, qui peut même paraître simpliste au premier abord. Sous cette allure, il se cache des bijoux de textes. La première chanson Lévinas parle en fait de l’Autre qu’on déshumanise ou pas, selon le bon vouloir de la majorité.

Y m’appelaient leur bon buddé

Quand ça finissait par se placer

Y m’comparaient à cette charge lourde

Quand ça devenait trop heavé

-Lévinas

Le sujet qui transcende Construire une table pour y mettre son poing ensemble est la manifestation du lien sous toutes ses formes. Dans Lévinas, c’est « l’autre » qui peut être perçu comme l’étranger (la ligne « j’parlais pas comme eux » le laisse présupposer) ou une personne marginale en général. Dans Bakounine, on y aborde plutôt l’amitié entre deux personnes avec un grand écart d’âge. Sainte-Rose-du-Nord, elle, parle des liens entre les gens du village du même nom et D’où c’que je viens est aussi une chanson de région, sur les origines de Simon Bolduc. 

Aider est finalement un bon résumé de la thématique abordée sur l’album. Elle suppose que si on tend la main à l’autre, celui-ci nous aidera en retour et le fera aussi pour d’autres, créant ainsi un cercle vertueux :

Une fois aidé tu vas pouvoir m’aider

À aider ceux qui nous ont déjà aidés

Pis ceux qui nous ont déjà aidés vont nous aider

À aider ceux qui nous ont jamais aidés

Aider

Il y a une coche de plus dans l’écriture de Simon Bolduc qui rend cet album captivant à écouter et qui amène l’auditoire à réfléchir à des thèmes philosophiques (l’autre, l’amour, l’amitié, l’entraide, les origines) sous une façon accessible qui parle au cœur.