Critiques

Blood Orange

Negro Swan

  • Domino Records
  • 2018
  • 50 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Devonté Hynes est sur mon radar depuis le EP True de Solange Knowles qu’il a coécrit et produit. Le succès Lovers in the Parking Lot prouve de manière magistrale que des rythmes lents peuvent enflammer un plancher de danse, même si ce n’est que mon salon. Heureusement pour mes tympans et ma condition de boogie chronique, Hynes n’est pas que producteur. 4 albums sont parus sous son pseudonyme Blood Orange. Le quatrième, Negro Swan, est sorti ce mois d’août 2018, il y poursuit son exploration pop minimale remplie de désinvolture, d’authenticité et d’un souci instrumental rare.

Avec un titre aussi provocateur que Negro Swan, Hynes positionne son disque selon le point de vue des communautés d’origines africaines, marginalisées. Partant de sa propre expérience de la marginalité, Hynes invite d’autres voix à se joindre à la sienne, créant un espace musical sûr où l’on peut se confier. Un appel à la confiance personnelle par des témoignages vibrants portés par des arrangements soul, R‘n B, jazz, hip-hop et new wave. À nous d’écouter, et de nous déhancher.

Les influences du R’n B des années 80, fièrement représentées par l’utilisation récurrente de la batterie électronique, sont partout sur la galette, comme c’est le cas dans ses autres parutions et ses projets de production. Avec quelques apparitions brèves, mais remarquées ( Take Your Time, Charcoal Baby) la flûte traversière ajoute des nuances organiques aux compositions dont je ne me suis pas encore lassé. De la même manière que Solange danse avec langueur dans son stationnement, Hynes récidive avec un slow jam d’une intensité incroyable sur Nappy Wonder. Un 2:39 qui prouve avec brio qu’on peut captiver avec peu. Dans le cas d’Hynes, ça ne prend que sa voix versatile, un solo de guitare saccadé allant du rock au funk, le tout rehaussé par quelques harmonies vocales et des synthétiseurs.

Plusieurs musiciens apparaissent sur Negro Swan, mais Puff Daddy et A$AP Rocky sont les invités qui surprennent le plus. Deux rappeurs aux univers bien différents du chanteur d’origine britannique, pourtant leur registre grave respectif s’agence très bien à la voix androgyne de Hynes. Dans les atmosphères dépouillées élaborées avec soins par Hynes, les rappeurs livrent des paroles empreintes de sensibilité. Puff Daddy m’a particulièrement impressionné en expliquant les difficultés de trouver quelqu’un pouvant nous aimer pour ce que l’on est vraiment à la fin d’Hope. Aux craintes du dur à cuire au cœur tendre, les paroles de l’activiste transgenre Janet Mock exultent à en faire trop pour défier les normes et ainsi s’accepter. Attirer l’amour des autres par l’affirmation flamboyante de son unicité.

Des mélodies douces, des progressions d’accords d’une beauté si simple, Devonté Hynes brodent une dentelle délicate mettant en valeur la vulnérabilité individuelle. Pas question qu’elle apparaisse comme une faiblesse, être vulnérable est une preuve de la force tranquille qui nous habite tous. Negro Swan est un album personnel, sensible et accessible. Assurément dans les meilleures sorties de cette année.

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