Critiques

Ben Shemie

A Single Point of Light

  • Hands in the Dark
  • 2020
  • 42 minutes
7

Moins d’un an et demi après la parution de son premier album en solo, le Montréalais Ben Shemie revient avec A Single Point of Light, une autre odyssée électronique qui combine une approche lo-fi et des sons psychédéliques afin de créer une atmosphère oppressante. Il en résulte une musique intrigante, parfois déroutante, qui nous entraîne dans un voyage hypnotique, même si l’ensemble reste un peu froid.

Shemie est bien sûr connu comme chanteur et guitariste du groupe art-rock-électro Suuns, dont le dernier album studio remonte à 2018. En solo, le travail de Shemie est axé uniquement sur l’expérimentation électronique, avec une approche beaucoup plus atmosphérique. On peut bien sûr y déceler quelques parentés avec l’œuvre de Suuns, notamment au chapitre de la manipulation sonore et des effets synthétiques, mais sans rien (ou presque) qui s’apparente à une approche rock « classique ».

Pour A Single Point of Light, Shemie a opté pour une stratégie identique à celle du précédent A Skeleton, en misant sur une approche presque live en studio, faisant tout lui-même, sans aucune prise additionnelle (overdubs). L’album a ainsi été enregistré en une seule journée aux studios Breakglass à Montréal, sous la réalisation de Dave Smith, tandis que Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem in My Heart) en a assuré le mixage. Les deux disques témoignent d’ailleurs d’une esthétique très similaire, comme s’il s’agissait d’un projet en deux volets, même si on sent sur A Single Point of Light un besoin de mettre davantage l’emphase sur les mélodies.

Comme sur A Skeleton, qui racontait les péripéties d’un personnage (le squelette du titre) dépourvu de race ou de sexe, Shemie s’est imposé un thème pour organiser ses chansons. Ainsi, A Single Point of Light explore le concept de la lumière sous divers angles, la façon dont elle se crée et se déplace, et comment nous la percevons parfois de manière différente. Évidemment, le concept demeure abstrait et permet à Shemie de rester vague dans ses textes, dont la signification n’est jamais limpide. Des titres comme Change ou Highway 10 évoquent l’idée d’une certaine urbanité (une rue, une autoroute), mais dans un décor de science-fiction à la Blade Runner. Par contre, sur le plan musical, le thème de la lumière trouve écho dans les différentes textures explorées, avec une progression qui va du plus sombre (l’inquiétante Ties That Bind en lever de rideau) au plus clair (la douce The River en conclusion).

Un des attraits du travail de Shemie réside dans sa façon d’aborder l’expérimentation électronique avec nostalgie. On le sent passionné par les vieux synthés analogiques et modulaires, ce qui donne un grain un peu vieillot à sa musique, loin des sonorités clinquantes qu’on peut tirer de la technologie numérique d’aujourd’hui. On pense à l’œuvre de Brian Eno, ou au duo écossais Boards of Canada, même s’il est clair que l’approche de Shemie reste davantage axée sur le format chanson.

Par rapport au précédent A Skeleton, il y a ici moins de contrastes dans les sonorités d’une chanson à l’autre, au profit d’une plus grande cohérence dans les ambiances et les atmosphères (la chanson-titre est sans doute celle-ci qui se démarque le plus, avec sa pulsation plus lourde). Le côté « conceptuel » de l’album est aussi renforcé par la présence de courts interludes (dont le titre renvoie tout simplement au numéro de la piste) qui agissent comme un liant entre les titres plus substantiels.

Malgré toute sa richesse sur le plan de la recherche et de l’expérimentation sonore, A Single Point of Light peut donner une impression de froideur, comme si on écoutait une musique déshumanisée. Il faut aussi un certain temps pour apprivoiser le timbre de voix de Shemie. Mais l’expérience immersive en vaut le coup.

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