Critiques

Band Of Skulls

Love Is All You Love

  • SO Recordings / Silver Screen Records
  • 2019
  • 37 minutes
6

Une question s’impose d’emblée, pour ceux qui, comme moi, ont beaucoup aimé le premier album de Band of Skulls, Baby Darling Doll Face Honey, mais qui n’ont pas trouvé leur compte dans leurs productions suivantes : revient-on, avec Love Is All You Love, au blues-rock cru et énergique, sorte de rencontre entre The Black Keys et Led Zeppelin, qui caractérisait le groupe à l’origine? Eh bien, non. Si c’est que vous recherchez de la part du groupe britannique, ce nouvel opus risque peu de vous satisfaire. Par contre, si vous aimez le rock aux accents plus pop, et que les radios commerciales ne vous tombent pas trop sur les nerfs, vous y trouverez peut-être votre compte.

Pour ma part, j’ai dû revêtir une bonne dose d’ouverture d’esprit avant d’écrire cette critique. J’aime Led Zeppelin, et plus largement le blues- rock. J’ai écouté en boucle Baby Darling Doll Face Honey. Mais je ne suis pas un grand fan de pop. Or, Love Is All You Love flirte en grande partie avec ce second genre et y inscrit même ses meilleurs moments.

Dès son deuxième album, Band of Skulls a pris un virage hard rock, taillant sa musique très années 1970 pour s’assurer quelques tubes radiophoniques. Avec Love Is All You Love, le groupe prend un nouveau tournant : les guitares deviennent moins incisives, la batterie est plus carrée, les synthétiseurs occupent plus d’espace, et les refrains prennent toute la place, insistant systématiquement sur des lignes courtes, répétitives, mais très accrocheuses. En résulte un album techniquement irréprochable, mais inégal, péchant par un manque flagrant d’originalité.

Love Is All You Love s’ouvre sur Carnivorous, morceau qui tente péniblement d’exploiter des sonorités arabisantes. S’articulant autour d’un riff de guitare très stéréotypé, la voix n’arrive pas à prendre sa place, le meilleur moment du morceau étant les puissants punchs qui le ponctuent. Dès le second morceau, on revient toutefois en territoire un peu plus familier. That’s My Trouble prend une tangente plus rock et investit le type de rythmique un peu molle qui caractérisait le groupe à l’origine.

Il faut toutefois attendre le troisième morceau avant que l’album ne décolle. La pièce Love Is All You Love est assurément l’un des moments forts de l’album. On reste ici en terrain rock. Les harmonies vocales du refrain confèrent à la mélodie très accrocheuse une légèreté et une certaine richesse harmoniques qui redonnent du souffle à l’auditeur après deux morceaux plutôt passables.

On continue, lors des titres suivants, toujours dans cette lancée hard rock, pour ensuite enchaîner avec la très radiophonique Cool Your Battles. Avec sa batterie qui martèle les temps, ses larges accords de synthétiseurs et son refrain classique constitué de « ouh ouh », on entre ici dans un territoire résolument pop, qui établit le ton pour la suite de l’album, le rock bluesy étant définitivement mis en retrait à partir de ce point.

Ponctué seulement par la balade Sound of You, le reste de l’album installe une pop aux accents rock, mais qui s’avère encore une fois d’intérêt variable. En effet, les morceaux Thanks a Lot et Speed of Light s’avèrent particulièrement clichés, et ce, jusque dans leur titre (une rapide recherche dans iTunes m’a permis de trouver près d’une centaine de chansons intitulées Speed of Light, composées par des artistes variés, allant d’Iron Maiden à Dr Dre).

Nettement plus intéressante, We’re Alive est traversée par un rythme et des harmonies de voix simple et efficace. Le morceau peu original qui en résulte est néanmoins un des meilleurs de l’album. De même, Gold vient conclure l’album avec un riff de guitare un peu plus élaborée, insufflant des accents funky à un format pop qui deviendrait sinon fort répétitif..

Love Is All You Love constitue un album plutôt inégal. Il met de l’avant les grandes qualités vocales de Russel Marsden et Emma Richardson. Ceux-ci arrivent à déployer quelques mélodies fort accrocheuses qui peuvent valoir le détour, malgré des compositions généralement très stéréotypées. Bien entendu, Band of Skulls n’a jamais fait preuve d’une grande originalité. Le groupe arrivait toutefois à se démarquer par des interprétations senties et une impressionnante maîtrise du rythme. Et c’est peut-être là ce qui manque à Love is All You Love : des interprétations un peu plus profondes, qui auraient donné un supplément d’âme à un album plutôt conventionnel.

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